The Hungarian Student, 1958 (3. évfolyam, 1-2. szám)
1958-10-01 / 1. szám
tion «Littérature de l’Europe de l’Est» qui a été remplacée depuis quelques années dans les revues, etc. par celle de «Littérature d’audelà du rideau de fer». Le terme de Littérature de l’Europe de l’Est comportait toujours une connotation quelque peu exotique. Ce n’était pas l’auteur ou le style du livre qui était considéré exotique, mais c’était le thème traité qui l’était certainement. Budapest était considéré aussi exotique que Singapour ou Bombay. Cette notion associée d’exotisme s’est accentuée depuis l’introduction de la nouvelle désignation à cause du fait que chacun qui en ressent l’envie, peut aller à Singapour ou à Bombay, mais que personne ne peut se rendre à Budapest et parce que bien rares sont en outre ceux qui éprouvent le besoin d’explorer ces qualités exotiques qu’ils attribuent à Budapest. Ceux qui ont lu les «Eclairs dans la nuit» auront réalise que les nouvelles de ce recueil ne traitent aucun sujet exotique. Ce qui est étrange en cette littérature, c’est qu’elle ne contient rien d’étrange bien qu’elle vienne de l’Europe de l’Est, d’au-delà du rideau de fer. Ces nouvelles relatent des aspects les plus banaux de la vie. Il ne s’y passe rien d’extraordinaire et c’est peut-être précisément cela qui frappera le lecteur. Il sera surpris de ce qui se passe chaque jour en Hongrie et de ce qui n’y est plus considéré étrange depuis longtemps. Le livre débute par une nouvelle de Tibor Déry, un remarquable écrivain vétéran du parti communiste hongrois, qui a été emprisonné à deux reprises; durant la seconde guerre mondiale, il fut condamné à trois mois d’emprisonnement pour avoir traduit le «Retour de l’USSR» de Gide et, en 1957, il a été condamné à sept ans de réclusion pour des articles parus dans des périodiques pourtant sévèrement censurés par le parti communiste et par l’Etat. Le livre se termine par une autre de ses nouvelles souvent citées. Le premier récit raconte l’histoire d’un prisonnier politique qui a passé sept ans en prison, dont une année et demie dans la cellule des condamnés à mort à attendre son exécution. De retour chez lui, il allume une cigarette, s’assied, prend un bain, redoute de ne plus pouvoir vivre avec sa femme et ne reconnaît pas son fils tellement celui-ci a grandi depuis qu’il l’a vu pour la dernière fois. Dans le second récit, l’auteur décrit le sort des personnes jetées en prison parce qu’elles étaient réduites à voler pour suppléer à la modicité de leur revenu. Ces événements finissent même par obliger un vieil et fidèle partisan du système à réaliser qu’il y a quelque chose qui grince. Tout ceci 28