Századok – 1990
Tanulmányok - Gyáni Gábor: Lakáshelyzet és otthonkultúra a munkásság körében a századfordulón III–VI/355
LAKÁSHELYZET ÉS OTTHONKULTÚRA A MUNKÁSSÁG KÖRÉBEN 381 Gábor Gyáni L'HABITAT OUVRIER DANS LA HONGRIE DU TOURNANT DU SIECLE (Résumé) Jusqu'à présent, l'habitat ouvrier du tournant du siècle n'a guère été étudié par l'historiographie hongroise. Les quelques rares historiens qui ont abordé ce sujet n'ont fait en réalité que brosser des tableaux très sombres d'une indigence générale. Ce fut vers le tournant du siècle que l'opinion hongroise fut sensibilisée à la crise du logement frappant le monde ouvrier, en particulier dans les grandes villes. Les mesures prises par les autorités et les initiatives généreuses des particuliers devaient permettre de remédier à cette situation intenable dès les premières années de notre siècle. Tout d'abord, de nombreuses enterprises industrielles (environ 40 pour 100 des usines) faisaient construire des „logements de service" pour leurs ouvriers. 15-17 pouir 100 des effectifs ouvriers étaient ainsi logés par leurs employeurs, en particulier dans l'indutrie minière, dans la sidérurgie ou dans les grands établissements industriels de la capitale. La plus grande partie de la population ouvrière habitait cependant des immeubles locatifs, surtout à Budapest. Le logement ouvrier typique donnait sur la cour; il comprenait une seule pièce et une cuisine, habitées par cinq personnes en moyenne. Les loyers de ces logements minuscules, qui variaient considérablement d'un quartier à l'autre, constituaient une partie très importante du budget ouvrier, notamment à la suite de la montée en flèche des loyers à partir de 1906. 13-14 pour 100 des Budapestois - prbablement un tiers ou un quart des ouvriers industriels - sous-louaient des chambres ou louaient simplement des lits. Les constructions de logements destinés aux classes défavorisées étaient financées pour la plupart par l'État et les villes. Deux tiers des plus de 10 mille logements ouvriers achevés avant 1914 furent construits grâce aux investissements accordés par les villes, tandis que le reste était le fruit de l'effort de l'État. Regroupés le plus souvent en colonies, ces logements ouvriers surgirent presque tous sans exception à Budapest ou dans ses banlieues, abritant environ un dixième de la population ouvrière de la capitale au seuil de la première guerre mondiale. Les coopératives de construction de logement, créées assez sporadiquement dans les provinces, ne purent pas s'implanter durablement en Hongrie. L'aménagement intérieur de ces logements ouvriers, les objets usuels et l'emploi de l'espace de leurs habitants témoignent de la manière de vivre d'une couche sociale en état de transition culturelle, en ce qui concerne notamment le mélange des pratiques paysannes et citadines. En effet, la vie quotidienne des colonies ouvrières du début du siècle atteste la persistance de codes culturels différents dans l'emploi des espaces publics et des espaces privés: la vie collective des colonies se réglait sur les normes des communautés villageoises, tandis qu'à l'intérieur des logements le mode de vie petit-bourgeois tendait à s'imposer.