Századok – 1977
Tanulmányok - Spira György: A testvérharc küszöbén. A nemzetiségi mozgalmak kibontakozása a negyvennyolcas forradalom Magyarországán 681/IV
726 SPIRA GYÖRGY C'est donc en vain que l'on rencontrait au début chez la majorité des politiciens libéraux et radicaux des minorités nationales des dispositions á collaborer avec les partisans hongrois de la transformation bourgeoise: sous l'influence de l'esprit étroit dont faisaient preuve les milieux dirigeants hongrois, la plupart de ces politiciens (du Slovaque Stúr au Croate Kukuljevic et aux Roumains Bari{ et Iancu, en passant par le Serbe Stratimirovic) tournérent aprés quelques semaines á peine le dos á la révolution hongroise pour pactiser avec les politiciens conservateurs des minorités qui s'étaient depuis le début élevés contre la révolution hongroise et avaient entiérement soumis les intéréts de leur peuple aux intéréts impériaux des Habsbourg (ce fut par exemple le cas du Croate Jellaíic et du Roumain Saguna) oü qui voulaient, comme le Serbe RajaCic, les faire triompher en respectant au maximum les intéréts impériaux des Habsbourg. Et aprés cela, la direction des mouvements des nationalités se retrouva entre les mains de libéraux qui, comme le Slovaque Húrban et le Roumain Bárnu^, s'ils étaient partisans de la cause de la transformation bourgeoise, considéraient néanmoins la satisfaction aux exigences nationales comme de beaucoup plus importante que la transformation bourgeoise, et avaient manifesté la plus grandé suspicion á l'égard de la révolution hongroise dés le début, contrairement a la majorité des autres libéraux, oú qui tendaient tout simplement á une réaction du type de celle de Jellaéic et de RajaCic. Mais les milieux dirigeants hongrois ne voyaient toujours pas de necessité de changer leur politique — ne serait-ce que parce qu'ils croyaient beaucoup plus faibles les mouvements des nationalités que ceux-ci ne l'étaient en realité. Cette sous-estimation provenait essentiellement de la conscience oü ils étaient du fait que ces mouvements n'avaient pas davantage pu rallier d'importantes masses paysannes que les partisans du mouvement national hongrois, et du fait qu'ils comptaient voir les masses paysannes (y compris les non-hongrois) prendre parti, aprés la libération du servage, pour ceux qui en avaient été les instruments, c'est-ä-dire eux-mémes. Mais ce calcul était trop optimiste: les serfs croates, dont Jellatic se proclamait le libérateur, les garde-frontiére croates et les paysans serbes, en grandé partie contraints eux aussi de défendre la frontiére, et qui n'avaient pas vu leurs charges diminuer par suite de la révolution, de mérne que les serfs roumains de Transylvanie, qui n'avaient pour lors aucune part aux bienfaits de la libération du servage intervenue en Hongrie, ne ressentaient aucune reconnaissance á l'égard des dirigeants révolutionnaires hongrois; quant aux acquis de la libération du servage, nombreux étaient ceux des serfs de Hongrie qui les trouvaient insuffisants, bien qu'ils en aient directement bénéficié. La révolution hongroise n'aurait donc pu gagner á sa cause la paysannerie non-hongroise qu'en portant reméde aux préjudices qui avaient survécu au mois de mars. Mais les milieux dirigeants hongrois, afin de ne pas décourager entiérement les propriétaires terriens déjá. fort touchés par la libération du servage intervenue au mois de mars, se refusérent á pousser cette libération plus loin pour lors. Les chefs des mouvements des nationalités, de leur cöté, qui avaient moins les mains liées par les intéréts de la classe possédante, ne tardérent pas á prendre fait et cause pour les paysans. Et c'est ainsi que ce furent tout de mérne finalement les mouvements des nationalités qui surent faire passer la majorité des paysans non-hongrois de leur cóté. Pour cette raison, lorsque les premieres assemblées nationales des nationalités en Hongrie se réunirent a la mi-mai, la direction des mouvements des nationalités était déjá passée aux mains de politiciens opposés ä la révolution hongroise et qui pouvaient d'ores et déjá compter sur une base importante. Résultat: des revendications nationales encore plus poussées qu'auparavant furent formulées lors des assemblées nationales de mai. C'est ainsi que les Slovaques demandérent la création de corps législatifs indépendants pour les différentes nationalités, que les Sérbes exigérent de voir transformer en vo'ívodat serbe autonome la Hongrie méridionale, tandis que les Croates et les Roumains de Transylvanie revenaient en force avec une demande déjá formulée plus tót et visant á séparer entiérement la Croatie de la Hongrie et ä continuer a ne pas rattacher la Transylvanie, gouvernée comme province séparée, ä la métropole. Et étant donnéque les milieux dirigeants hongrois continuérent á faire la sourde oreille, les mouvements des nationalités commencérent dés les semaines qui suivirentá se préparer á une lutte armée contre la révolution hongroise. Les Serbes se lancérent mérne effectivement á l'attaque en juin, en Hongrie méridionale. Les Habsbourg se häterent bien entendu de tirer parti de la Situation car, si l'extension des mouvements des nationalités les inquiétaient du fait qu'il s'agissait de mouvements mena9ant l'unité et 1'intégrité de l'Empire, l'éventuelité d'une consolidation de la révolution hongroise leur faisait bien