Drăgan, Ioan (szerk.): Mediaevalia Transilvanica 2001-2002 (5-6. évfolyam, 1-2. szám)
Etnie şi confesiune
Le culte de la croix au cœur de l’ensemble peint à Sântămarie Orlea 79 dont l’image pourrait refléter une dévotion particulière41, qui pourrait elle aussi être liée à l’idéologie de la croisade. Ajoutons à cela l’emplacement étonnant choisi pour la Crucifixion, dans l’axe de l’édifice au-dessus de l’arc triomphal. Etant donnés les dimensions réduites de l’édifice et son plan basilical, c’est l’image de la Crucifixion qui joue ici le rôle de dominante signifiante dans l’ensemble peint, fonction assumée par l’image de la voûte d’abside ou de la coupole centrale dans les édifices byzantins. Si à l’époque paléochrétienne déjà et pendant les siècles de l’iconoclasme, la Croix a été l’un des sujets privilégiés des décors d’absides42, la représentation de la Crucifixion dans l’axe de l’édifice, c’est-à-dire comme thématique dominante du décor, est plutôt caractéristique de l’époque gothique dans l’art d’Occident43. La peinture byzantine a certes toujours accordé une place particulière à la Crucifixion dans les décors monumentaux, mais la peinture d’Occident a véritablement structuré les ensembles décoratifs autour de cette thématique et placé la Crucifixion au centre de l’édifice. Dans les édifices du début de l’époque gothique, une représentation de la Crucifixion peut se trouver soit dans les verrières d’axe du chœur44, soit dans une disposition de plusieurs figures sculptées sur une poutre - plus tard associée au jubé - marquant la limite entre la nef et le chœur; sans compter aussi les nombreux retables d’autels qui se développent à partir du 13e siècle et contiennent souvent une représentation de la Crucifixion comme panneau 41 L’absence de documents précis empêche de connaître le ou les commanditaire(s). Un prêtre dénommé Jean est cité dans un document comme ayant en charge la paroisse en 1315. Il représentait alors aussi le chapitre d’Alba Iulia (Gyulafehérvár) dans un affaire de propriétés. S’il est encore mentionné en 1332 (comme l’atteste le registre de dîme papale), aucun autre élément ne permet de déterminer s’il s’occupait déjà de la paroisse vingt ans auparavant, au moment de l’exécution des peintures murales dans la nef. Cf. R. Popa, op. cit., p. 122-123. 42 Christina Ihm, Die Programme der christlichen Apsismalerei vom vierten bis zur Mitte des achten Jahrhunderts. Forschungen zur Kunstgeschichte und christliche Archâologie, 4. Wiesbaden, 1960. La Croix a été supplantée dans la peinture byzantine par des images de la vision du Christ trônant en gloire ou de la Mère de Dieu à partir de la fin de l’iconoclasme, et dans la peinture occidentale par la Majestas domini entourée du tétramorphe. 43 Les exemples précédant l’époque gothique sont rares. La peinture romaine propose ainsi deux exemples : le premier, datant du tout début du 8e s., dans une vaste composition ordonnée sur l’arc triomphal de Santa Maria Antiqua (connue par une copie exécutée au début du 20e s., Marie- Christine Sepière, L'image d'un Dieu souffrant. Aux origines du Crucifix, Paris, 1994, ill. 19, p. 107), et le second, v. 1120, dans la mosaïque absidale de Saint-Clément Hélène Toubert, Le renouveau paléochrétien à Rome au début du XIP siècle, in Cahiers archéologiques, XX (1970), p. 99-154). Au milieu du 10e s., l’abside de la Nouvelle église de Tokali à Göreme (Cappadoce) accueille une Crucifixion très développée qui remplit tout l’espace de l’abside centrale. 44 Entre autres exemples, citons les cathédrales de Reims (1240-1250), de Châlons-sur-Marne (1230- 1240), d’Auxerre (1230-1235), de Troyes (1240-1250), les églises Saint-Urbain de Troyes (v. 1270), Saint-Ouen de Rouen (1325-1328), Saint-Maurice de Mutzig (v. 1310). L. Grodecki, Catherine Brisac, Le vitrail gothique au XIIP siècle, Fribourg, 1984. La place centrale de la Crucifixion dans l’édifice au cours du Moyen Age occidental a été présentée comme un héritage des œuvres carolingiennes par Marie-Christine Sepière, op. cit., p. 225-226. Voir aussi E. Mâle, L’art religieux du XIP siècle en France. Etude sur les origines de l’iconographie du Moyen Age, 8e éd. augmentée, Paris, 1998, p. 82-84; idem. L'art religieux du XU P siècle en France. Etude sur l’iconographie du Moyen Age et sur ses sources d’inspiration, 8e éd., Paris, 1948, p. 362-370.