Petőfi gyüjtemény - B sorozat / 45-ös doboz
LA POESIE HONGHOISE 297 rattacher ce caractère principal, mais étrange, pénible et charmant tout à la fois qui, de lui-même, se présente dans la poésie hongroise, qui n’est pas la rêverie brumeuse des hommes du nord, ni la résignation hautaine des Orientaux et qui, participant de l’une et de l'autre, ressemble à un fatalisme tourmenté, aux racines profondes et multiples. Ce fatalisme a trouvé, pour s’exprimer, des interprètes nombreux. Parmi les poètes qui ont fait résonner leurs lyres sur les bords du Danube slave, il en est bien peu, en effet, qui n’aient chanté la misère do l’homme et les souffrances de la vie. N'est-cc même pas, pour quelques-uns, comme une coquetterie vis-à-vis de la fortune qui leur souriait, une manière de se pardonner à eux-mêmes de n’avoir à reprocher au sort que l’indulgence qu’il leur témoignait. Mais, sans vouloir sonder la pensée de ceux qui nous disent que leur âme est en deuil ou pleine de ténèbres, il nous faut reconnaître que, pris au hasard et dans toutes les époques, les poètes hongrois se relient les uns aux autres par cette fraternité des impressions qu'ils ressentent et dont ils nous expriment toute l’amertume. A une communauté de pensées ils ont dû souvent donner la même forme ; mais pas assez cependant pour qu’ils ne puissent présenter quelque originalité, se distinguer dans la manière dont ils manifestent une tristesse provenant des mêmes sources : Pourquoi la vie? Quel est le but? — Pourquoi venir ici-bas, pour souffrir? Pourquoi le cœur, s’il doit toujours saigner? Le secret du tombeau est l’éternelle énigme. Ce qui est sûr, ici, sur terre, et le sera jusqu'au néant final, l’être qui pense et sent, toujours sera malheureux, misérable. Comme on le voit, Szecliy ne se fait point d’illusions sur les tourmentes que l’existence nous réserve. Nadja donne une note plus concise, plus triste et analogue à celle de Vigny : C’est la douleur qui t’accuse, éternelle et grande nature ! Et les yeux brûlés te demandent : Pourquoi naître? Pourquoi la vie?