Folia Theologica 1. (1990)

Ferenc Szabó: Pázmány théologien

60 F. SZABÓ cogitatio congrua dépend de la préscience et de la providence divines, elle est donc un bienfait spécial de Dieu; et parce que, dans l’ordre actuel de la providence, tous les bienfaits sont accordés conséquemment aux mérites du Christ, cette cogitatio congrua peut donc s’appeler auxilium gratiae per Christum. Cette pensée opportune peut être une inspiration interne, en même temps que la protection externe de la Providence (pensée produite en nous par des causes secondes externes). Cette „grâce”, ajoute Vazquez, n’est pas un secours qui, quant à sa nature ou substance, est surnaturel, comme est le secours qui nous est donné pour faire des actes salutaires; le secours, dont il s’agit ici, est en soi d’ordre naturel, proportionné à la nature, il ne requiert aucun principe nouveau pour le produire; il est cependant une grâce parce qu’il procède de la libéralité et de la miséricorde de Dieu à notre égard. Cette thèse est reprise et appliquée par Pázmány dans l’analyse de l’acte de foi, notamment pour ce qui concerne les praeambula fidei, bien que le théologien hongrois la précise davantage, en suivant ici Bellarmin. D’ailleurs il est plus proche du congruisme (position équilibrée) de Bellarmin que du molinisme strict de Decker. Il faut noter que l’opinion de Vazquez diffère de celle qui fut défendue par Baïus et condamnée dans la 30e proposition. Vazquez, en effet, n’exigeait pas la grâce proprement dite et ne fondait pas son opinion sur une fausse idée de la connexion de la grâce avec la nature, telle qu’elle se trouve chez Baïus. Cependant, l’idée de Vazquez est un peu ambiguë, car la cogitatio congrua, bien qu’elle soit un bienfait de Dieu, ne peut pas s’appeler grâce, parce qu’elle n’appartient pas à l’ordre surnaturel.23 L’opinion de Vazquez que nous venons d’exposer, est intimement connexe avec une assertion plus générale, défendue par le même auteur: il faut un secours spécial de Dieu, au sens expliqué, pour tout acte moralement bon. Voici la thèse de Pázmány: ,J)e facto nullum bonum opus morale fit a nobis sine gratia. Ac proinde impossibilitate consequente impossibile est, 23. Voir „Grâce", DTHC VI (1920) col. 1581-82.

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