Folia Theologica 1. (1990)
Ferenc Szabó: Pázmány théologien
50 F. SZABO d’Augustin en général est juste, sa doctrine essentielle est canonisée par les conciles de Carthage (418) et d’Orange (529). On a montré10 qu’Augustin peut conciler la grâce et la liberté, parce qu’il ne les représente pas comme deux facteurs de même ordre s’exerçant au même point, tels deux cheveux tirant la même charrette. Car l’action de Dieu et celle de l’homme ne sont pas sur le même plan et ne peuvent se faire concurrence. Tout vient de Dieu et pourtant tout est de l’homme. L’homme dépendant du Créateur devient autonome, car Dieu suscite un partenaire auto-créateur. Il en va de même pour la grâce qui crée notre liberté spirituelle, nous libère. Cette doctrine augustinienne de la grâce qui justifie notre liberté s’inscrit dans le droit fil de la doctrine paulinienne dont elle constitue une interprétation ecclésiale. Saint Thomas en reprendra exactement le contenu, en lui donnant la forme systématique de la construction scolastique. Et Pázmány s’inscrit dans cette ligne. La route partant de la première renaissance du XIIIe siècle, époque de Saint Thomas (l’entrée d’Aristote au XIIIe s. à Paris est des pivots de cette „renaissance”), jusqu’à la renaissance du XVIe siècle, est très longue; la différence est profonde entre les deux renaissances, la médiévale et l’humaniste, comme l’a montré le P. Chenu: „II la faut observer (cette divergence) dans son principe et dans ses applications au travail sur les textes; car nous voici au noeud de ce paradoxe d’une renaissance engendrant une scolastique, et l’aristotélisme de Saint Thomas trouvera là sa clef et sa mesure. (...) Le retour aux anciens peut procéder de deux curiosités fort différentes, sinon toujours distinctes. On les peut cultiver (les anciens) pour eux-mêmes avec le dessein exprès de leur restituer en nous, au terme d’une patiente investigation, leur antique stature, leur raison et leur beauté. (...) Mais l’Antiquité peut être évoquée sous un autre climat que le sien, fut-ce au prix d’une assimilation spirituelle qui ne laisse rien perdre de l’aliment ancien dans cet organisme nouveau. Synthèse ou l’invention créatrice libère l’imitation de son porpre poids, si le génie s’en mêle. (...) Nous voici attentifs à discerner dans le cas de Saint Thomas d’Aquin ce qu’il recuillera de l’héritage antique, mais aussi ce par quoi son génie 10. Voir B. SESBOÜÉ S.J., Jésus Christ l’unique Médiateur, 1988, pp. 235-238; Le P. Sesboüé utilise les notes inédites de Y. de Montcheuil SJ.