Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 88-89.(Budapest, 1998)
NYERGES, ÉVA: Un portrait inédit de Jean Ranc: L'infant Philippe
Les traits de Philippe parvenu à l'adolescence ont été fixés par le portraitiste français Louis-Michel Van Loo, qui, après de longs préparatifs, arriva à la cour de Madrid en 1737 et y fut actif après la mort de Ranc. Le tableau de Van Loo date probablement de 1737-1739, c'est-à-dire des années précédant le mariage du prince Philippe (fig. 30). Cet artiste marquant et vigoureux, fidèle aux enseignements du baroque, sut prêter à son modèle des traits héroïques tout en faisant ressortir sa personnalité plein d'esprit. Le visage légèrement tourné vers la gauche est dominé par un nez encore droit et des yeux d'une coupe très fine. Or l'allure générale du personnage - ou du moins la ligne du nez - est déjà différent dans le tableau peint quelques années plus tard (l'étude en fut terminée en 1743), où Van Loo représente Philippe V d'Espagne avec sa famille et où l'on voit le jeune prince Philippe debout sur la droite de sa mère. On retrouvera ce nez arqué dans la miniature d'un maître inconnu, 14 dans le portrait exécuté par Francesco Rusca vers 1745, 15 et dans les portraits datant des années de son règne à Parme. Dans le tableau de Giuseppe Baldrighi, où l'on voit le duc entouré de sa famille, la tête légèrement inclinée vers la gauche rappelle la posture adoptée sur le portrait de Van Loo. 16 L'aquarelle de Giovanni Permoli (1760) rend hommage au duc amateur d'art et de musique, fondateur de l'Académie des arts de Parme. Permoli a réuni ses dessins sur les trouvailles archéologiques de l'année 1760 dans un album, et en a orné le frontispice d'un portrait du duc Philippe de Bourbon. 17 Portant la date de 1765, le portrait en pied de Laurent Pecheux a dû être exécuté peu avant la mort du duc. 18 Le portrait de Budapest est tout à fait conforme aux autres portraits de Ranc représentant Philippe V et sa famille. La pose de l'infant Philippe correspond à celle adoptée par les membres des dynasties européennes dans leurs portraits respectifs. Vêtu d'un manteau tissé de broderies superbes, accoudé sur un coussin magnifiquement orné et flanqué du rideau sur la droite, l'enfant y apparaît selon les règles classiques du portrait représentatif, cependant que l'artiste réussit à allier agréablement l'attitude majestueuse obligatoire aux accessoires de l'enfance, en particulier à la présence d'un compagnon de jeu qu'est le petit oiseau. Le motif de l'oiseau et de la boîte à gâteaux apparaît d'une manière fort semblable dans un autre portrait d'infant de Ranc, datant de 1725-1726, où l'on voit Don Carlos occupé à déterminer des plantes avec un perroquet juché sur l'une des deux boîtes analogues posées sur une étagère à droite du 14 Public dans El arte europeo en la Corte de Espana, op. cit. (n. 12) n° 135. 15 Publié dans "El Prado disperso". Cuadros depositados en la Coruna II. Boletin del Museo del Prado aussi dans Carlos III en Italia, op. cit.(n.\\), n" 29. J. Urrea met en relation ce tableau avec une gravure représentant le duc de Parme d'A. Friz, publié aussi dans le catalogue en question. A notre avis, Rusca y a modifié la position de la tête, de la main et le caractère général du visage. Sur la gravure de Friz, voir L'Arte a Parma dai Farnese di Borbone, Cat. Parme 1979, n° 719, fig. 284. Elle date vraisemblablement du début du règne de Philippe à Parme (1748). 16 Publié dans L'Arte a Parma dai Farnese di Borbone, op.cit. (n. 15), n° 42, fig. 80. 17 Publié ibidem, no 464, fig. 219. Gómez Román, A. M., José Nicolas de Azara en Italia : El Ducado de Parma en los siglos XVIII-XIX, Cuadernos de Arte de la Universidad de Granada 27 (1966) pp. 85-93. 18 Publié dans L'Arte a Parma dai Farnese di Borbone, op.cit. (n. 15), n° 145, fig. 316. Le tableau du Prado. n° d'inv. 5.224) suit étroitement celui-là. Publié dans Museo del Prado. Inventario general de pinturas. L, Madrid 1990, n° 2139.