Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 88-89.(Budapest, 1998)

PÓCS, DÁNIEL: Giovanni Battista Naldini: Les Trois Grâces avec Amour. Un maniériste florentin sur la trace de Botticelli, Raphaël, Borghini

Le recours à des sources d'images et à une méthode de composition inhabituelles chez Naldini, tout comme une monumentalité lourde et manifestement recher­chée 34 permettent une supposition qui ne pourra être déterminée avec certitude qu'à l'aide de l'iconographie du tableau qui devait remplir une fonction décorative de telle importance que Naldini avait dû s'y soumettre. C'est seulement dans l'hypothèse d'un programme précisément défini par avance que l'on peut admettre de voir le peintre renoncer à l'un de ses procédés favoris, l'utilisation des figures de repoussoir. * Au XVI e siècle, la représentation des Trois Grâces était un sujet fort prisé. En rai­son des antécédents antiques et des sources écrites, leur figure répondait bien à l'inté­rêt pour des antiquités tant des artistes que des commanditaires, tout en autorisant une large interprétation moralisatrice liée à leur contenu philosophique. Dans le tableau de Budapest, on n'aperçoit pas uniquement les Grâces, mais aussi un bambin ailé claire­ment identifiable à Cupidon. Selon Lodge Webbe, il s'agirait plutôt de l'enfant Mer­cure ou bien d'une sorte de personnage mixte, composé d'Amour accompagnant les Grâces et du Mercure adulte. 35 Rien ne permet cependant d'étayer une telle hypo­thèse. Le bambin ailé ne saurait être que Cupidon, tenant à la main les attributs de deux divinités, le caducée de Mercure et les fleurs de Vénus. Malgré son caractère inhabi­tuel, l'origine de la représentation peut être retracée. La figure de Cupidon répandant des fleurs était certes plus familière que celle du bambin ailé au caducée. Les très rares antécédents antiques furent mal connus à l'époque de la Renaissance. 36 L'unique exem­ple du XVI e siècle en est précisément la loge de Psyché de la Villa Farnesine. Là, Cupidon, tenant un caducée mais dépourvu des roses de Vénus, fait partie d'une série consacrée aux attributs des divinités antiques. Séparément, les détails du tableau de Budapest ont donc tous leurs modèles dans le passé mais, à ma connaissance, ni dans l'Antiquité ni à l'époque de la Renaissance, on ne trouve aucun exemple où les Trois Grâces sont accompagnées d'un cupidon au caducée et aux roses. Le groupe formé par les Trois Grâces ne pose apparemment pas de problèmes. Or, si l'on se réfère aux sources connues, il devient patent que ce type de représentation est également sans précédent à l'époque. Les compositions de Trois Grâces d'origine an­tique dont nous avons connaissance grâce à des sources écrites et iconographiques, se divisent en deux catégories. Selon la première version, formée au III e siècle avant notre ère, et que les artistes de la Renaissance avaient généralement affectionnée, les trois figures féminines sont représentées nues, en posture sculpturale, et la main posée sur l'épaule de leurs voisines. A ce type appartient notamment le torse romain de la bibliothèque Piccolomini dans le dôme de Sienne, étudié entre autres par Michel-Ange, ainsi que le panneau de petite dimension de Raphaël aujourd'hui à Chantilly. Parmi les 34 Avec les paroles de Hall : a dramatization which is not dramatic, Hall, op.cit. p. 69. 35 Lodge Webbe, op.cit. p. 173. 36 Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae 3, nos 948-949; « Amor/Cupido », n° 677; Selon la Thesaurus Linguae Latinae, le mot « caducée » n'était pas utilisé dans les textes antiques en lien avec Amour (v.Thesaurus 3, Fasc.l, col. 33, lignes 15-59).

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