Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 88-89.(Budapest, 1998)

PÓCS, DÁNIEL: Giovanni Battista Naldini: Les Trois Grâces avec Amour. Un maniériste florentin sur la trace de Botticelli, Raphaël, Borghini

C'est en cherchant les sources iconographiques de la troisième Grâce de droite (fig. 20), que nous nous trouvons le mieux confrontés à la pratique du maniérisme tardif. Dans son cas, il est tout à fait possible de déceler l'influence exercée par les conseils de Vasari, car les détails des antécédents, tels que bras, jambes, tête etc., y sont recompo­sés en une sorte de puzzle lors de la création de cette nouvelle figure d'une beauté idéale. Pour la pose de cette Grâce, Naldini a dû s'inspirer d'un dessin de Raphaël représentant Vénus (contrairement à la deuxième Grâce, ce type apparaît déjà plus tôt à l'arrière-plan de l'allégorie de rêve exécutée auStudiolo). La gravure de Marcantonio Raimondi réalisée d'après ce dessin était bien connue dans la deuxième moitié du siècle (fig. 21 ). 25 Malgré quelques petites différences de détail, la composition de la Grâce suit de près celle de Vénus, penchée gracieusement en avant et croisant son bras gauche devant elle. Une telle métamorphose lente des formes, phénomène appelé slow fuse par John Shearman, caractérisait l'art de la Renaissance pris au sens large, au moins autant que l'imitation stricte des modèles. 26 Un autre exemple pour cette transition graduelle des formes est fourni par la célè­bre Léda de Léonard, perdue, mais dont la figure est connue de ses nombreuses copies, et qui fut comparée au dessin en question de Raphaël par János Wilde qui a émis l'hy­pothèse selon laquelle l'antécédent de la Vénus de Raphaël était ïaLéda de Léonard. 27 A notre avis, dans le cas de la Grâce de Naldini, cette influence serait plutôt indirecte et remonterait à la tradition raphaélienne du dessin. Cela permettrait de comprendre éga­lement l'hypothèse de Veronika Mertens, qui voit en la Vénus de l'Éducation d'Amour par Corrège, conservée à Londres, le modèle de la troisième Grâce. Or, à propos de cette figure de femme, plusieurs spécialistes dont Shearman 28 notent qu'elle constitue une imitation de l'œuvre perdue de Léonard. La ressemblance entre la Vénus de Lon­dres et la Grâce de Budapest résulte donc simplement de l'existence d'un antécédent commun aux deux. 29 25 Raphael Invertit - Stampe da Raffaello nelle collezioni dell 'Istituto Nazionale per la Grafica, Roma 1985. 26 Shearman, J., Only Connect... Art and the Spectator in the Italian Renaissance, Princeton 1992, pp. 227-261. 27 Wilde, J., Venetian Painting from Bellini to Titian, Oxford 1974, p. 123; Le tableau de Corrège fut probablement commandé par les Gonzague de Mantoue. Sa première mention sûre dans l'inventaire Gon­zague remonte à 1627. Aucune gravure ne fut exécutée d'après ce tableau avant celle de 1667 par Arnold de Jodé, v.: Gould, C, The Paintings of Correggio, London 1976, p. 215. 28 Shearman, op.cit. pp. 246-250. 29 C'est en faisant allusion au panneau de Naldini que Mertens se réfère aux Trois Grâces dans l'un des tableaux d'Annibale Carrache exécuté vers 1590-95 et conservé à Washington (Vénus au bain avec les Grâces ). Dans cette toile si proche de la peinture de Budapest quant à son sujet et à sa datation, la Grâce de gauche s'inspire effectivement de la Vénus de Corrège, sans que cela nous oblige pour autant à suppo­ser des rapports directs avec l'œuvre de Budapest : de Grazia, D. - Garberson, E., Washington, The Natio­nal Gallery of Art, Italian Painting of the Seventeenth and Eighteenth Centuries, Oxford-New York 1996, n° d'inv.: 1961.9.9 (1366); Mertens, op.cit. p. 202. n. 91 ; coord, by Armaroli, M., et a\,TheAge of Correggio and the Carracci - Emilian Painting of the Sixteenth and Seventeeth Centuries, Cat. Washington-New York-Bologna 1986, pp. 281-282.

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