Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 87. (Budapest, 1997)

EÖRSI, ANNA: Fuit enim Maria liber. Remarques sur l'iconographie de l'Enfant écrivant et du Diable versant l'encre

deux livres d'heures la prière adressée au quinze joies de la Vierge. Dans une salle voûtée, la Vierge couronnée est assise sur un trône à baldaquin. Ses pieds reposent sur un coussin. Elle lève de sa main gauche l'encrier, auquel est attaché un étui à plume, et tient avec sa droite son enfant habillé, qui pose le pied gauche sur son genou droit nu, et tient un long rouleau vierge dans sa main droite. Le Christ tend sa main gauche en avant, mais pour s'accrocher au manteau de sa mère, et non pour atteindre l'encrier. Encore au premier plan, à droite, deux anges s'approchent de la Vierge et de l'Enfant. Le premier offre une pomme au Fils et prend le bout du rouleau; le second apporte un plat plein de fruits. En bordure de la miniature de Vienne, on remarque encore des anges musiciens. 52 Sur les représentations citées jusqu'ici, la Vierge tient donc l'encrier devant son corps, et l'Enfant n'écrit pas. 53 Parkhurst estime que l'encrier remplace le lait de sein. 54 A mon sens, Verdier est plus proche de la vérité lorsqu'il note à propos du tondo de Baltimore que le « réalisme symbolique [...] investit ici les outils de l'écriture de la magie créatrice du Verbe ». 55 Je parlerai de l'origine de l'encrier de la Vierge dans la dernière section de la pré­sente étude. La question qui se pose maintenant est de savoir si les premières Vierges à l'encrier ont la même signification que les premières représentations de l'Enfant écrivant. Il semble que le livre d'heures d'Oxford et le tondo de Baltimore empruntent en premier lieu au sens original de ces dernières l'idée de l'intercession. Dans le premier cas, ni le livre ni le rouleau ne renvoient au Verbe incarné ; dans le second, le morceau de papier dans la main gauche du Christ n'est pas accentué. Or le cas des deux miniatures du Maître Bedford est différent. Ici le rouleau est bien mis en valeur, mais il n'est plus tenu par la Vierge, mais par le Christ, et de sa main il s'étire, entortillé, jusqu'à l'un des anges. Ce rouleau ne symbolise pas le sein immaculé de la Vierge. A mon avis, ce type - mais uniquement celui-ci - illustre la thèse de Ringbom et de Gorissen sur le rouleau étalé de Y Hodigitria. 56 Les rouleaux inspirés par YHodigiîria du trecento font lire le plus souvent les phrases révélatrices du Christ : « Ego sum lux mundi » (Jean VIII, 12); 52 La miniature de Londres est essentiellement identique, à ceci près que le champ du thème principal n'est pas aussi oblong. Sur les bordures, les anges musiciens sont remplacés par des scènes de la vie de la Vierge. 53 Exception faite de la miniature perdue ou détruite de Barcelone ; ici cependant l'encrier n'est pas dans la main de la Vierge, mais il est apporté par un ange. (Anciennement à Barcelone, S. Maria del Mar. Meiss, op. cit., vol. II, fig. 280). 54 Parkhurst, op. cit., pp. 302-303. Dans un livre d'heures parisien datant de 1420-1430, enluminé en partie par le Maître de Bedford, en partie par le Maître de la Légende dorée de Munich, la prière adressée aux quinze joies de Marie est accompagnée de la représentation de la Vierge allaitant. Assise sur un trône à baldaquin flanqué de deux anges, la Vierge couronnée repose ses pieds sur un coussin. Dans son bras gauche, il tient le Christ qui tète son sein, tandis que sa droite est levée en l'air à la manière des Madones à l'encrier. Les dimensions trop petites de la reproduction ne permettent pas de décider si elle a en effet un encrier à la main. Voir Sotheby's Western Manuscripts and Miniatures, Londres, le mardi du 18 juin 1991, n° 133, pp. 214-220; la reproduction en couleur se trouve à la page 214. 55 Verdier, op. cit., p. 249. 56 Voir notes 10, 13 et 62.

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