Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 87. (Budapest, 1997)
ACTUALITÉS DU MUSÉE - MÚZEUMI HÍREK - ÚJVÁRI, PÉTER: Une nouvelle acquisition: une toile inconnue d'Adolphe-Félix Cals
difficultés matérielles, il dut attendre jusqu'en 1848 pour que sa situation se normalise, grâce à sa rencontre avec le marchand d'art, féru de l'école de Barbizon et de Millet, Pierre-Firmin Martin, le Père Martin, comme on l'appela, et qui lui trouva des acheteurs pour ses tableaux, et le mit en contact avec le comte Armand Doria, amateur d'art, son futur mécène et protecteur. De 1858 à 1869, il fut souvent invité au château d'Orrouy du comte (à proximité de la forêt de Compiègne), se lia d'amitié entre autres avec Boudin et exposa au Salon des Refusés. En 1871, il s'installa à Honfleur en compagnie de Jongkind, son ami intime, et y resta jusqu'à la fin de ses jours, en exécutant essentiellement des paysages de plein air. En 1874, on vit ses tableaux à côté de ceux des impressionnistes, qui vénérèrent en lui un de leurs précurseurs. De la production de Cals on ne connaît vraiment que les compositions d'après 1845. Les tableaux de genre de ses débuts où, en peintre issu lui-même d'un milieu pauvre, il présente le quotidien chargé de soucis des ouvriers et des laboureurs, ont disparu ou n'ont pas encore surgi des collections privées. D'où la rareté du tableau acheté en 1996 par le Musée des Beaux-Arts, qui porte la date de 1835 (fig. 49). Au premier plan de la composition, on aperçoit un jeune homme vêtu à la manière des bourgeois qui sort de son coffre de voyage une pièce de tissu à motifs et le montre à un autre jeune, assis sur une chaise à sa droite. Ce dernier palpe vaguement d'une main l'extrémité du tissu. Derrière les deux jeunes hommes, au centre géométrique du tableau, se tient une figure de femme enveloppée dans un manteau, qui pose tendrement sa main gauche sur l'épaule de l'homme vêtu en ouvrier, cependant que son regard détourné fixe le vide. La nature des rapports entre les personnages de la scène se devine assez bien si l'on observe leur posture et leurs gestes.Sans savoir de quoi il s'agit exactement, quel conflit sentimental oppose les membres du groupe, nous sommes invités là sans aucun doute à assister à un moment condensant l'essentiel du récit. Son mode de représentation dramatique fait de cette œuvre un proche parent du tableau historique, genre peut-être le plus caractéristique du « grand art » de l'époque, mais Cals présente ce petit drame banal puisé dans la vie quotidienne sans théâtralité, ni anecdotisme ou sensiblerie, de manière quasi-réaliste. Il se dispense donc de peindre tout en détail, et se contente de brosser à grands traits vigoureux les figures centrales en les isolant nettement de l'arrière-plan, juste suggéré, où l'on distingue une table de cabaret ou de café avec des silhouettes d'hommes assis autour d'elle et une serveuse vue de dos. PÉTER ÚJVÁRI Traduit par Judit Chehadé