Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 79. (Budapest, 1993)

PASSUTH, KRISZTINA: Rodtchenko et Stepanova: dessins constructivistes au Musée des Beaux-Arts

s'alimente d'une source différente des œuvres mentionnées précédemment. L'asymét­rie de la composition est accentuée, dans un espace assez large les cercles et les demi­cercles tracés au compas se situent les uns au dessus des autres. La source de la solu­tion technique de l'œuvre est l'invention de « la série à la règle et au compas ». Cette série, créée en 1915, était le premier cycle d'avant-garde de Rodtchenko à être considéré en même temps comme un tournant dans sa carrière. Selon la défini­tion de Karginov : 27 « Afin d'éviter de tomber dans l'ornementalisme, Rodtchenko réduit volontairement au minimum la symétrie dans tous les dessins de cette série ; les compositions sont totalement dépourvues d'axe, et si elles gravitent autour d'un point, celui-ci est de préférence éloigné du centre géométrique. » Au moment de la naissance du dessin « Composition », en 1919, le nouveau modèle de l'artiste-ingénieur s'est déjà formé au sein de la société des artistes construc­tivistes. Cela veut dire : l'idéal du constructeur qui, au lieu de crayon, travaille au compas et qui, au lieu de l'exécution artisanale, s'occupe de projets grandioses, des plans de nouveaux bâtiments, de monuments et de développement urbain. Bien que ce soit le personnage de Vladimir Tatline, qui était, aux yeux de la société des artistes d'Europe occidentale, l'incarnation parfaite de l'artiste-constructeur, ce rôle convient, en effet, davantage à Rodtchenko ou à El Lissitzky. Rodtchenko n'a jamais eu d'idées aussi complexes et monumentales que celles d'El Lissitzky, pensons par exemple à son projet « repasseuse de nuages » (« Wolken­bügel »). Il s'intéressait tout de même, lui aussi à des utopies architecturales. Cont­rairement à El Lissitzky, Rodtchenko n'avait aucune connaissance pratique dans ce domaine, ses projets d'architecture sont par conséquant toujours un peu incertains, ses bâtiments imaginaires « flottent » en air faute de base solide. Ses dessins intitulés « Le Plan supérieur de la nouvelle ville, à façade vue du haut » de 1920, font partie de cette série. 28 Quant au dessin de Budapest, il s'agit probablement d'une version précédente de cette série, plus modeste et plus simple. La « Composition » de 1919 peut être considérée comme transition entre les trois genres fondamentales, qui de­viennent de plus en plus distincts dans l'œuvre de Rodtchenko, notamment celui des dessins à règle et à compas, celui des peintures construites de formes géométriques noires et celui des projets architecturaux. La structure formelle du dessin le rapproche plutôt des plans de construction, bien que le maniement dynamique de taches et de lignes évoque l'élan des compositions non-objectives de 1919. Quioque les œuvres analysées ci-dessus soient des pièces fragmentaires de l'œuvre tellement riche de Stepanova et de Rodtchenko, elles représentent, tout de même, la période qui peut être considérée comme le laboratoire des idées, des théories et des utopies du mouvement constructiviste. Malgré leur contradictions, ces œuvres nous racontent de l'époque la plus vivante, la plus dynamique de l'avant-garde, une période où la spontanéité et l'utopie n'étaient pas encore étranglées ni par une 27 Karginov, op. cit. (n. 16) p. 15. 28 Rodtchenko : Le plan supérieur delà nouvelle ville, 1920, crayon sur papier, 360 x 220 mm. Voir à ce sujet : Khan-Magomedov, S. O., Alexandre Rodtchenko. Vœuvre complet ; Paris 1986, pp. 50-54.

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