Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 76. (Budapest, 1992)

NYERGES, ÉVA: La Madeleine pénitente du Greco a Budapest

Pareillement aux autres saints pénitents, le Greco représente la Madeleine assise devant l'entrée de la grotte (fig. 26). 5 Seule la tête de la femme aux cheveux brun-roux et aux yeux bruns est tournée vers la gauche : vers une vision. Un livre ouvert sur les genoux, sur lequel on aperçoit un crâne, elle a la main droite sur la poitrine, tandis que la gauche repose sur le crâne. Elle est vêtue d'une mante bleu-vert et violet qui, près du coude droit, révèle toutefois un casaquin à dentelles qui laisse deviner le sein gauche. La crête en diagonale d'une falaise descend de l'angle supérieur droit du tableau et s'inscrit sur le fond plus sombre d'une colline. En avant de la falaise et à gauche, dans le paysage, on aperçoit l'un des attributs de la Madeleine, le récipient qui contient du parfum ou de l'onguent. Sur la droite, on voit du lierre grimper sur la falaise exécutée au moyen de coups de pinceau larges et énergiques. A gauche, les tons bleu-gris matérialisent un paysage marin avec une île, tandis que le soleil se couche à l'horizon, au pied la montagne qui se trouve au-delà de l'étendue d'eau. Un faisceau lumineux quitte les nuages pour envelopper la sainte d'une lueur quasi irréelle, supraterrestre. De toutes les Madeleines du peintre, c'est la Madeleine pénitente de Budapest qui se rattache le plus fortement à l'art vénitien du XVI e siècle, tant dans la peinture mythologique que religieuse. 6 L'examen des rapports stylistiques et compositionnels avec l'art vénitien d'une part, et les di (Terences de style par rapport aux autres Made­leines pénitentes du maître d'autre part laissent supposer qu'il s'agit d'une œuvre réalisée par l'artiste en Italie en 1576 ou au début de 1577. Cette Madeleine à la beauté classique a dû être partiellement inspirée au Greco par le Portrait d'une dame 7 de Palma le Vieux, hypothèse probable si nous examinons la pose frontale du corps, les cheveux légèrement ondulés et divisés au milieu, le regard rêveur empreint d'un je ne sais quoi d'insaisissable et la poitrine à moitié découverte de cette dernière. C'est encore ce même corps de déesse que nous reconnaissons dans Vénus et Adonis (Dubrovnik (Raguse), Pal. des Recteurs) 8 Vénus, Mars et Cupidon (Rome, Gai. Doria Pamphili) ou le Portrait d'une dame à la robe en velours rouge (Lugano, Coll. Thyssen) et dans d'autres tableaux de Paris Bordone. Quant à sa composition, la Madeleine pénitente de Budapest se rapproche naturellement le plus des Madeleines pénitentes de Titien, de celles de son époque tardive, notamment de celles qui se 5 Pigler, A., Katalog der Galerie Alter Meisler, Budapest 1967, p. 286, n° d'inv. : 5640, huile sur toile, 157 x 121 cm. N'a pas figuré aux expositions des œuvres du Greco des années 80. Après un temps assez long, c'est à Héraklion qu'elle réapparut pour la première fois à une expo­sition organisée à l'étranger. Hadjinicolau, N., El Greco of Creta, Iraklion 1990. Les tableaux se trouvant à Budapest et figurant au catalogue furent présentés par István Barkóczy (op. cit. pp. 198-203, pp. 356-358), qui data la Madeleine exposée sous le numéro 8 au début de la période espagnole. Koshikava, M., El Greco and Venice in El Greco Exhibition, Tokyo 1986, pp. 88-96. 6 Sur la période italienne du Greco, v. : Waterhouse, E. K., «El Greco's Italian Period ». Art Studies 8 (1930); Pallucchini, R., // polittico del Greco nella Reale Galleria Estense e la for­mazione deli'artista, Roma 1937; Soria, M. S., El Greco's Italian Period, Arte Veneta 8 (1954) pp. 213-21 ; Puppi, L., El Greco giovane e altri pittori 'madonneri' di maniera italiana a Venezia nella seconda meta del cinquecento. Prospettiva 26-27 (1963), pp. 25-47; Da Tiziano a El Greco. Per la storia del Manierismo a Venezia 1540-1590, Cat. Venezia Palazzo Ducale, Milano 1981. 7 Camón Aznar, J., La pintura espaîiola del siglo 16. Madrid 1970, p. 533; «... la santa muestra una sensual belleza de acento italiano ... Es . . . esta mujer una belleza carnal, con recuerdos renacentistas de las mujeres venecianas. Por su opulencia recuerda obras de Palma el Joven. v. Mariacher, G., Palma il Vecchio, Milano 1968, p. 52. : Rittratto di Donna, (Milano, Museo Poldi Pezzoli), que l'auteur situe après 1525. 8 Paris Bordone; cat. Treviso, Palazzo Trecento, Milano 1984, n° 20, n° 22.

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