Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 74. (Budapest, 1991)
SZILÁGYI, JÁNOS GYÖRGY: Le legs d'András Alföldi
Ceux qui connaissent à travers ses œuvres celui qui fut le propriétaire original de cette collection et qui reste aujourd'hui encore l'un des plus grands personnages des études antiques en Hongrie, peuvent trouver surprenant que les objets au milieu desquels il passa sa vie — furent uniquement des objets d'art grec. En effet, on ne trouve aucune trace d'intérêt pour la culture grecque dans son œuvre scientifique, pourtant extraordinairement variée et étendue. De son vivant encore et au moment de sa mort, nombreux ont été ceux qui ont analysé en détail cette œuvre, qui représente au XX e siècle l'un des sommets des études historiques consacrées à l'Antiquité ; en donner une nouvelle analyse n'entre pas dans le propos de notre revue. Mais il vaut la peine, lorsque nous évoquons son souvenir à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort, en qualité de donateur ayant enrichi les collections du Musée, d'envisager avant tout sous le jour de l'histoire de la Hongrie au cours des troisquarts de siècle écoulés le phénomène paradigmatique de cette apparente dualité. Alföldi était encore étudiant à l'Université lorsque éclata la première guerre mondiale, et c'est après y avoir combattu jusqu'au bout qu'il passa son doctorat à Budapest, en 1919. Il avait 28 ans lorsqu'il fut nommé en 1923 professeur à l'Université de Debrecen, lorsque parut la première partie de sa première grande œuvre, Untergang der Römerherrschaft in Pannonién. Pour ceux qui vivaient à l'époque en Hongrie, il était difficile de ne pas interpréter comme une catastrophe nationale les événements qui avaient marqué le pays, et plus difficile était encore, pour un savant, de baser toute son œuvre sur les connexions logiques, jugées avec réalisme, de l'histoire nationale et de l'histoire universelle. Cette situation est reflétée de façon très caractéristique par une étude publiée par Alföldi en 1926 et intitulée « Situation actuelle des recherches consacrées à la Hongrie d'avant la Conquête » (A honfoglalás előtti Magyarország kutatásának mai helyzete), dans laquelle l'auteur ébauchait les problèmes à résoudre en matière de recherche sur l'histoire antique et au plan archéologique en Hongrie. A ses yeux, l'objectif premier devait consister à mettre en lumière l'histoire antique du territoire qui avait été jusque-là celui de la Hongrie, afin de démontrer le droit historique aux territoires dont l'avait privée le traité de Trianon pour les rattacher aux pays voisins. Pour lui, cela passait «avant bien des choses que les enfants doivent apprendre de nos jours à l'école, telles que le code de Hammurabi, l'histoire d'Assurbanipal ou celle de Toutankhamon ». Dans leur cas, poursuit-il, il est amplement suffisant « de faire connaître en gros à nos enfants les résultats retenus des travaux réalisés à l'étranger ». Cette fausse alternative, qui consiste d'une part à souligner le légitime impératif de la recherche historique universelle qui vise à laisser aux chercheurs hongrois, spécialistes les plus compétents des sources disponibles, le soin d'analyser l'histoire et les souvenirs du passé de leur pays au niveau international le plus élevé, et d'autre part à mettre la chose au service d'objectifs politiques d'actualité, en l'opposant aux recherches actives sur les problèmes de l'histoire universelle de l'Antiquité, et même en lui donnant le pas sur elles, était alors dominante dans l'historiographie hongroise du temps. Rares étaient alors les historiens (il s'agissait avant tout, pour ce qui est des études anciennes, de Károly Kerényi et de son cercle) qui poursuivaient des objectifs ouvertement à l'opposé de cette tendance et qui considéraient précisément comme la perpétuation d'une tradition liant les peuples entre eux la préservation de l'imposant héritage des grandes cultures antiques.