Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 74. (Budapest, 1991)

KOMORÓCZY, GÉZA: L'ordre des astres, ordre dans le monde

L'ORDRE DES ASTRES, ORDRE DANS LE MONDE HUMAIN Discours d'inauguration de l'exposition d'œuvres graphiques Destin des astres et destinés humaines du Musée des Beaux-Arts le 9 mars 1990 Quel jour sommes-nous ? Quel est le jour qui a réuni ici cette assemblée so­lennelle ? Nous sommes vendredi ; au moment du crépuscule, à la limite du jour et de la nuit. Selon la tradition juive, c'est le sabbat qui commence : on allume les cierges, et le calme s'installe, évoquant le repos du Seigneur au terme de la création. Dans le monde antique et médiéval vendredi était le jour de Vénus, conforme à la nature de la déesse et à celle de la planète, et sans doute avec la joie des deux. A peine avons-nous commencé à cerner la date et le moment, et déjà le jour se trouve inséré dans le cosmos : c'est qu'un jour individuel fait également partie de l'univers, et l'univers est composé de jours individuels. Si nous quittions le bâtiment, nous verrions à l'Est du firmament que demain ou après-demain la Lune sera pleine. A l'aube Vénus montre sa face la plus lumineuse. Au ciel nocturne on voit briller Mars, Jupiter et Saturne. Si le calendrier babylonien était toujours vivant. . . — mais ne faudrait-il pas dire plutôt : si nous-mêmes nous vivions encore à tous les points de vue selon le calendrier babylonien ? Car en fait ce calendrier vit encore dans ses éléments, c'est notre système qui est modifié. Donc, si nous vivions selon le calendrier babylonien, ce serait maintenant le Jour de l'An, sinon aujourd'hui, certainement dans un proche avenir. Il serait facile de préciser la date. A Babylone le début idéal de l'année nis­sannou J correspondait au moment où le milieu du mois se trouvait le plus près de l'équinoxe du printemps. Or nous ne sommes qu'à quelques jours de l'équinoxe du printemps. Pourquoi ne pas employer le terme antique : du dies commutation's, du jour du changement, du changement total de l'ordre établi. Et pour en rester encore à la détermination du jour, une telle occasion ne corres­pond pas seulement à une date, elle signifie aussi une vraie fête. Et le vernissage d'une exposition peut vraiment transformer ce jour en fête. Nous qui ne sommes pas initiés aux collections du Musée des Beaux-Arts et ne pouvons les admirer qu'à la faveur de certaines occasions, une exposition représente toujours une expérience peu commune. Quels trésors ! C'est une fête en soi lorsque quelqu'un extrait d'une armoire ou d'un portefeuille pour nous la montrer la gravure intitulée Melencolia. 1 (Melencolia prima) de Dürer. Or cette exposition nous permet de voir plus de deux-cents ouvrages d'art graphique originaux. Néanmoins la vraie fête est l'exposition même. Et ce qui domine n'est peut-être même pas la joie de l'œil mais — du moins pour moi — un plaisir intellectuel ; de comprendre ce qui derrière la vision a ordonné l'ensemble de l'exposition, la philosophie généralement présente, mais souvent dissimulée derrière les œuvres exposées et qui cette fois devient effective­ment bien vivante.

Next

/
Thumbnails
Contents