Szabó Miklós szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 65. (Budapest, 1985)
MAURER, DÓRA: Développement de l'intelligence visuelle. Enseignements tirés du travail d'un cercle artistique
l'autre, qui dessine son ombre à lui, lui-même il bouge, leurs mouvements agissent pour et contre, il n'y a pas d'arrêt. Tracer le contour, c'est toujours retardé, l'exactitude, la précision, la ressemblance formelle, habituelle dans les ombres, sont impossibles. L'impuissance pousse à la recherche de solutions de rechange, et des décisions subites naissent: où vaut-il la peine de continuer le dessin? Un des dessinateurs s'écrie: ,,Mais dites donc, c'est une chose sans fin!" Le résultat du dessin, au tempo de plus en plus intense mais abandonné à la fin des fins, est à la fois un diagramme de mouvement et un psychogramme. Ensuite chacun peut saisir la forme de son ombre sur un papier photographique documentaire de 30X40 cm. Il le serre contre le mur, sans éclairage, comptant sur la lumière qui apparaîtra pour une minute il exécute un autoportrait vu comme une ombre jetée. La première fois dans leur vie les participants peuvent voir comment le papier photographique devient noir dans le révélateur. Dans le photogramme il est toujours étonnant et magique de voir l'apparition du plan des objets et leur caractère spatial dans la réalité de leurs riches détails, et l'impossibilité de l'escompter à l'avance. Chacun fait lui-même le développement et la fixation. Représenter son ombre, cela dépasse bien vite le phénomène et se développe en connaissance de soi, en formation avantageuse de soi, et enfin pousse à jouer un rôle (fig. 27—29). Ensuite on fait des empreintes ombrées de différents ensembles d'objets, et des questions de composition se posent. Il s'avère qu'il y a des situations doi.t les empreintes se font autonomes: on ne peut pas en déduire l'objet éclairé, le photogramme ne représente pas, les formes acquièrent un nouveau sens. En dehors des divers objets diaphanes y a-t-il encore de moyens propres à empêcher la lumière de passer et laisser sa trace sur le papier photographique? On y dessine avec de la craie, du stylo à pointe de feutre, on y écrit à la machine. Quelqu'un découvre qu'on peut non seulement couvrir le papier photographique, mais aussi le rendre insensible, on dessine donc aussi avec du fixatif, on fait couler, on asperge. On découvre qu'on peut couvrir le papier photographique par sa propre stratification. Mettant sous la lumière des papiers photographiques froissés, plies, percés, mis les uns sur les autres (stratifiés), naissent des surfaces produisant un effet plastique. Qu'arrive-t-il si, pendant la mise en éclairage, l'objet bouge ou si l'on déplace la source de lumière? Qu'arrive-t-il si ce mouvement est périodisé, ou s'il est continu? Est-ce que cela laisse des traces visibles si l'on fait rouler sur le papier photographique un anneau de plexiglas presque transparent? Ou bien si l'on y disperse une poignée de haricots? Qu-arrive-t-il si, pendant le dessin à fixatif, le papier photographique est touché de lumière (fig. 30—31)? Comment seront les empreintes si le papier photographique n'est pas lisse mais froissé ou ondulé, plié, enroulé en rouleau? Comment le miroir placé dans l'ensemble d'objets embrouille les ombres (fig. 32—33)? Nous intensifions les rapports entre l'espace et le temps, nous les rendons visibles et même nous y intervenons à l'aide du photogramme. Les participants posent leur main sur le papier photographique (une image en ombre du groupe de mains se fait) et une photo en est prise avec flash. La lumière du flash montre ce qui est à voir non seulement à la négative de l'appareil de photo, mais à la fois met en lumière le papier photographique sur lequel sont posées les mains. La lumière exécute donc un double travail, et deux sortes de documents naissent sur un seul moment qui ne pouvaient pas naître l'un sans l'autre (fig. 34a —b).