Garas Klára szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 46-47. (Budapest, 1976)
CZÉRE, ANDRÉE: Un dessin de Dániel Crespi au Musée des Beaux-Arts
Cécile de notre dessin, avec son visage jeune, son nez presque retroussé, évoque les Madones enfantines de Léonard tout en présentant des modifications à la Corrège. Dans cette figure féminine qui, absorbée par le jeu, se renverse en arrière, on sent l'élan baroque des maîtres génois, surtout de Strozzi, trait qui devait parvenir jusqu'à Crespi par l'intermédiaire de G. C. Procaccini après le séjour à Gênes de celui-ci. Vu la méthode compositionnelle et le dynamisme du style du dessin, cette ébauche montre des liens étroits surtout avec les dessins tardifs de Crespi. Le type, les proportions, le degré de plasticité des figures, ainsi que les caractéristiques que nous allons voir en détail, évoquent avant tout le dessin représentant la résurrection de Raimondo Dicrès"' (Milan, Ambrosiana. fig. 64.). Crespi avait exécuté cette esquisse un an avant sa mort, en 1629, pour une des scènes faisant partie de la série de fresques à la Chartreuse de Garegnane représentant la vie de saint Bruno. Les traits violents servant à rendre les mouvements, les cavités des yeux soulignées à la façon maniériste, les membres quelque peu rallonges, les avant-bras plus forts, les mains tout juste ébauchées et les pieds allongés offrent une analogie complète dans les deux dessins. L'identité des mains ressort avec une clarté particulière de la confrontation de sainte Cécile avec un personnage de la Résurrection de Raimondo Diocrés, par exemple avec l'homme du côté gauche. Rien que la méthode à laquelle il se tenait en dessinant au verso deux fois, dans les mêmes dimensions, la figure de sainte Cécile, l'apparente à l'ébauche de Diocrés où le personnage mentionné est également deux fois dessiné, une fois en ébauche, une fois en plus travaillé. La sainte Cécile du recto et la figure masculine de l'autre dessin ont les mêmes proportions du corps — membres allongés, tronc court. Les mêmes contours encadrent les deux figures: les lignes plus calmes qui dessinent en double courbe les mollets passent, pour tracer les cuisses, dans des lignes ondulantes et interrompues. Les mêmes contours ondulants et se répétant, tout agités, tracent la forme de la poitrine et des épaules. A l'intérieur des contours, le dessin a une facture également analogue. Les hachures diagonales, plus denses ou plus rares, se heurtent à de petits traits tout courts qui font sentir les formes intérieures. (Par exemple à l'épaule de sainte Cécile, aux genoux et aux chevilles des deux.) Les lignes concentriques trouvent un point de repos dans un petit cercle, sur la tête de l'homme et sur le chignon de sainte Cécile. Ce petit cercle sur la tête, fréquent chez les artistes maniéristes, vaut presque la signature de Crespi, tant il revient sur ses dessins où les figures sont reproduites en profil ou de dos. Le dessin à l'intérieur des contours montre encore d'autres signes calligraphiques qui n'indiquent guère de formes concrètes. Tels sont les traits de plume tortueux sur la hanche de l'homme et les lignes sinueuses, brisées, sur la cuisse et la taille de sainte Cécile. Les petits traits ont Tair parfois de s'ordonner en chiffres et en lettres, voir par exemple la jambe de sainte Cécile vers la cheville, ou la cuisse de l'homme. La répartition du clair-obscur, obtenu grâce aux hachures diagonales, aboutit, malgré les différents niveaux du fini, à des valeurs identiques de plasticité dans les deux figures et aussi dans la figure de Raimondo Diocrés reproduit en position assise. Le voile de sainte Cécile, tracé avec quelques traits flous, ressemble dans sa facture à celle, esquissée, de la manche bouffante de l'homme. Le style du dessin de notre artiste se caractérise par les lignes qui, par endroits, s'épaississent considérablement, l'encre fait presque tache sur le 16 Plume, encre brune et pierre noire, 211 x 311 mm. Inscription en haut à gauche: „Daniele Crespi fece in eclesia Cartusa Garegnani et iste fecitti de manu sua." Cod. F. 271 inf. n. 103. Seicento lombardo. N° 112.