Garas Klára szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 46-47. (Budapest, 1976)
CZÉRE, ANDRÉE: Un dessin de Dániel Crespi au Musée des Beaux-Arts
premier plan, vifs el actifs. 11 L'ange à la soufflerie, placé au premier plan, constitue un contrepoint compositionnel à la figure de sainte Cécile: sa tête se tient dans une direction doublement contraire, vers le bas et à droite, c'està-dire comme sortant du plan du tableau. Par là, la tête suit le mouvement vigoureux du corps. Le peintre a changé probablement la position de la jambe droite pour suggérer, par le plus grand écart des jambes, l'effort qu'il déploie. Cette manière de construire la composition sur des axes diagonaux, de former l'espace concis par le contraste entre les mouvements et les gestes, manière dont le point de départ est à chercher dans l'art de Veronese et du Tintoret, est un des éléments fondamentaux dans l'art de Crespi qui l'assimile au cercle d'artistes milanais du Primo Seicento. 12 La première ébauche des figures de la composition se voit sur le verso : à droite, sainte Cécile dessinée à la craire noire, à pentimento mais avec des lignes calmes, à gauche les deux anges à la soufflerie, à la plume. Au milieu du feuillet on voit encore une tête de la Sainte, dessinée à la plume. Elle doit être un fragment de cette troisième figure de Sainte Cécile qui n'est plus clairement visible à cause de Tendommagement du verso provenant du collage. Celui des anges qui, du côté gauche, font marcher la soufflerie, que nous voyons plus près de nous, revient dans une pose presqu'identique au recto. L'autre ange à la soufflerie est, par contre, remplacé au recto par une figure statique, un peu éloignée de l'ange absorbé par ses occupations. Le dessin à la craie noire du verso représente la Sainte dans une manière pleine de sensibilité et de lyrisme, mais les petites modifications de l'attitude rendent le dessin du recto encore plus vivant. Par rapport au verso, elle se renverse encore davantage en arrière, se tournant vers le fond, elle dépasse la ligne de profil et acquiert par là un élan plein de dynamisme. Le visage est plus arrondi, plus jeune. Le type du visage et de la figure, le modelé presque sculptural, apparentent ce dessin aux oeuvres du cercle milanais du maniérisme tardif, tout en différant des tableaux des artistes qui lui sont le plus proches, des frères Procaccini et Cerano. Cette différence est due au rendu plus réaliste de la plasticité des formes du corps — ce que d'ailleurs on attribue généralement, dans les tableaux de Crespi à l'influence du Caravage — et, d'un autre côté, au fait qu'il allia le maniérisme tardif milanais aux impulsions reçues de la Renaissance. En cela, la voie qu'il suivit ressemblait aux débuts d'Annibal Carrache 13 dont il pouvait d'ailleurs connaître les travaux. 14 Sur plusieurs de ses oeuvres 15 on voit des têtes féminines, au visage ovale, au front bombé, type remontant à Léonard et enrichi de traits pris tantôt à Luini tantôt au Corrège. La sainte 11 II arrive relativement rarement en Italie de voir un ange soufflant l'orgue mis en relief avec tant de vigueur et un équlibre aussi balancé entre deux personnages principaux de la composition. Il n'est pas impossible que le dessin fût un projet pour une peinture composée de deux parties, par exemple pour un panneau destiné au buffet d'orgue, ce qui motiverait la division en deux de la composition à l'instar des annonciations. 12 C'est ce genre de composition que nous rencontrons dans la plupart de ses oeuvres, entre autres dans la Flagellation du Christ, avec saints (Museo Civico, Novare) et la Descente de la Croix (Saint Augustin a Colognola, Como). Nicodemi, G.: op. cit. pl. XXXIX et XL. Kt P o s n e r, D.: Annibale Carracci. Londres, 1971. Chapitre I, partie 2. h Lanzi, L. : Storia pittorica dell'Italia. Bassano, 1795—96. Tomo secondo. 454. 15 Nativité. Milan. Castello Sforzesco; Vierge avec saint Charles Borromée et saint François. Milan, Pinacoteca di Brera; la variante du thème précédent. Milan, Pinacoteca Ambrosiana; le Portement de la croix. Milan, Pinacoteca di Brera. (N i c o d e m i, G. : op. cit. planches XXV. XXXIX. XLIV. XLIII.)