Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 30. (Budapest,1967)
HARASZTI-TAKÁCS, MARIANNE: Compositions de nus et leurs modeles
des mannequins que dans les compositions figurant des personnages groupés, la conception du maniérisme qui plaçait l'invention au-dessus de la représentation de la réalité, la présentation des figures dans une attitude contre nature, la disposition et l'abduction des membres inimaginables dans la vie réelle, la manière irréelle dont les figures sont composées dans l'espace résultant que la situation des personnages debout ou assis est contraire à la nature, rendent manifeste que Goltzius, Cornelis, Wtewael, Blocklandt, Bloemaert, tout comme Spranger, Heintz, Rottenhammer et Hans von Aachen avaient employé des «poupées articulées» non seulement pour exécuter leurs compositions, mais aussi comme les modèles immédiats de leurs tableaux. C'est ainsi que s'explique que les personnages figurant dans leurs tableaux font l'effet de poupées juxtaposées qui ne se touchent que par leurs doigts sveltes (fig. 44—46), et que dans les tableaux de Cornelis, qu'ils représentent des dieux festoyants ou des histoires bibliques, et sans considération du format et de leur date, on retrouve avec peu de modification les mêmes groupes. Mais les figures du tableau de Budapest de Wtewael, considéré pendant longtemps comme perdu pendant la guerre (Le jugement de Paris — fig. 47) sont elles aussi des figures mythologiques placées au hasard l'une à côté de l'autre et dont le rôle est incompréhensible au spectateur moins versé dans la mythologie. Dans l'entourage de motifs d'architecture et de paysages néerlandais Paris et les trois déesses, et Mercure à la casque ailée arrivant par la voie des airs, ne sont plus des divinités grecques, mais — semblablement aux tableaux mythologiques des maîtres de Fontainebleau— les participants d'une fête de cour d'une société de goût humaniste. Le tableau maniériste contient ce que Camoës, dans la grande épopée nationale des Portugais, parue en 1572, exprime dans ces vers: «Aqui só verdadeiros gloriosos Divos estam: porque eu, Saturno e Jano, Jupiter, Juno fomos fabulosos, Fingidos de mortal, e cego engano : Só para fazer versos deleitosos Servimos ; .. .» 58 Le poète portugais dit les dieux de l'Olympe les créations de la sottise, des chimères, et Cornelis et les peintres ses semblables les représentent comme une société libertine née du mélange d'une Rhetoriekenkammer et d'une taverne. Et dans quelques tableaux peints à l'âge avancé, où les banqueteurs se sont réunis sous le prétexte des «Noces de Pelée et de Thétis», il a représenté une fête nuptiale où, assistés de nus, le fiancé et la fiancée sont vêtus de costumes de gala, comme s'ils célébraient une vrai fête nuptiale dans cette manière inusitée. 59 Il est évident que dans le dernier quart du XVI e siècle, lorsque l'invention fut placée au-dessus de la «nature», le maniérisme, pour faciliter le travail de la composition, a utilisé dans une mesure accrue les poupées articulées en bois, appelées en allemand «Gliederpuppe» et en hollandais «Leemann». L'invention est la qualité la plus importante de l'artiste maniériste ; chez les maîtres vraiment grands qui possédaient une force créatrice, elle put être l'inspirateur le plus effectif, mais pour le peintre d'un talent moyen elle n'était pas suffisante. Chez ceux-ci c'est la poupée-modèle qui obtint un rôle important et dont le seul désavantage était qu'elle n'a jamais changé sa physionomie, son corps et son visage. On le voit sur les oeuvres de Cornelis van Haarlem qu'elles accompagnèrent toute l'activité des peintres et gardèrent la même expression et la même structure physique 58 Camoës, L. De: Os Lusiadas. Paris, 1822, p. 352, X e Chant, 82 e vers. 59 1 34x197 cm. 1612. Pommersfelden, Musée. N° 99. L'autre exemplaire: panneau, 95X 104 cm. 1612. Bruxelles (vente Fievez), 14 déc. 1927, n° 28.