Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 30. (Budapest,1967)
HARASZTI-TAKÁCS, MARIANNE: Compositions de nus et leurs modeles
Fête de Venus» de Madrid, d'après lesquels Poussin avait exécuté, encore à Rome, plusieurs copies et qu'il a utilisés plus tard dans les figures d'enfants de nombreux de ses tableaux de jeunesse. 10 Mais c'est aussi le cas, avec peu de modification, pour la figure de femme demi habillée de Veronese et de ses contemporains, pour certaines figures du Tintoret qui servirent de modèle et de source d'inspiration depuis Joseph Heintz jusqu'à Hans von Aachen et Spranger. Et pourtant, dans la grande majorité des cas, les figures, les groupes et la technique de la composition ont beau être identiques ou fortement ressemblants, l'oeil expert distingue au premier moment les créations de l'époque maniériste des oeuvres de la Renaissance. La conception fondamentale et les marques du style du maniérisme sont dans ces oeuvres tellement apparentes que dans la plupart des cas la date de leur exécution ne fait point de doute. Prenons un simple exemple : le Musée des Beaux-Arts de Budapest a, en 1959, acheté à un collectionneur une grande composition provenant d'un peintre néerlandais anonyme. Le tableau représente l'histoire de Diane et de Callisto (fig. 37).' 1 Ce thème était assez populaire déjà dans la peinture du XV e siècle, et, dès le XVI e siècle, il était le sujet de nombreux tableaux, gravures et dessins italiens. Sa popularité était d'autant plus grande qu'il permettait aux peintres de faire figurer dans une scène mythologique autant de nus qu'il leur plaisait, étant donné que c'est en se baignant que Diane, coiffée du croissant, avait découvert que sa compagne préférée était enceinte de Zeus qui s'unit à elle en prenant la forme de la déesse. Grâce à l'effet de la culture humaniste diffusée dans un vaste milieu, et à la connaissance des créations de l'art antique récemment découvertes et en très haute estime, ainsi qu'à l'expérience des lois de l'anatomie, cette scène semblait un sujet approprié qui assurait en même temps une place à la représentation du paysage lancée et cultivée avec succès par les «oltramontani». Le maître anonyme, à notre avis proche d'Anthonie Blocklandt, a lui aussi choisi ce sujet. La composition présente dans un paysage boisé, des personnages formant deux groupes. Sur le côté gauche du tableau se tient Diane avec deux nymphes, et sur le côté droit se trouve le groupe des nymphes qui découvrent la grossesse de Callisto. La représentation qui inspira le groupe de Callisto du tableau, est sans aucun doute le groupe de Callisto du tableau de Titien, conservé à Londres, et de sa version plus tardive, actuellement à Vienne, 12 plus précisément la gravure de Cornelis Cort, faite d'après le dessin préliminaire de ces tableaux (fig. 36), tandis que le groupe de Diane et de ses deux compagnes remonte au dessin signé d'Anthonie Blocklandt, conservé dans la Leonora Hale Gurley Memorial Collection de Chicago, 13 qui figure les filles de Cécrops au moment de retrouver la corbeille de Minerve avec le petit Erichthonios. Le peintre a connu le tableau de Titien, sans doute par l'intermédiaire de la gravure, éventuellement aussi le dessin de Blocklandt et a exécuté le tableau avec l'aide de ceux-ci. 14 La gravure de Cornelis Cort a été exécutée, 10 «Fecero ancora studio sopra il Giuco de gli Amori di Titiano del Giardino Ludovisi, che ora si trova in Ispagna. . •» Cf.: B e 11 o r i, G. P.: Le vite de'Pittori Scultori et Architetti moderni. Roma, MDCLXXII, p. 412. On retrouve la ménade assoupie des Andrios sur plusieurs tableaux de Poussin, et Rubens a copié la Fête de Venus en entier. 11 Peintre néerlandais (Anthonie Blocklandt?): Diane et Callisto. Toile, 103x175 cm. N° d'inv. : 59.2. 12 Toile, 183x200 cm. Vienne, Kunsthistorisches Museum. Exécuté vers 1568. 13 N° d'inv. 22—1811. Sa copie au British Museum. Publié dans Oud Holland, 1931, 75. Cf.: Ingrid Jobst: Studien zu Anthonie Blocklandt. Köln, 1960. 14 L e Blanc, M. Ch.: Manuel de l'Amateur d'estampes. Paris, 1856—1888, II, p. 128. Selon Stix (Tizian's Diana und Callisto in der Kaiserlichen Gemäldegalerie in Wien. Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen des Allerhöchsten Kaiserhauses. XXXI, 1913/14) Cornelis Cort avait travaillé d'après le dessin de Titien qu'il fit en vue de son tableau peint pour la cour d'Espagne