Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 21. (Budapest 1962)

GARAS, CLAIRE: Le plafond de la Banque Royale de Giovanni Antonio Pellegrini

souverain dans le rôle d'Apollon en sa qualité d'animateur des arts et des sciences. 1 " Bien plus rare, même dans ces temps-là un phénomène sporadique, est la glorifica­tion du souverain et du bon gouvernement en rapport avec le bien-être des hommes et de leur réussite économique. Le plafond de Pellegrini, étant donné les circonstances de sa création et de sa destination, appartient nécessairement à ce groupe plus rare. La description contemporaine définit nettement l'idée fondamentale de la re­présentation : « L'idée princijiale de cette peinture est d'exprimer les différents avan­tages de la Banque et de les rapporter à la gloire du Roi et de M. le Régent. » C'est la première création, et dans l'essentiel la seule dans l'histoire de la peinture euro­péenne qui était ouvertement et d'une manière univoque, appelée à glorifier une en­treprise financière, et sa singularité se trouve encore intensifiée par le fait qu'elle reflète, à sa manière, fidèlement le conflit irracommodable entre ces phénomènes. La contradiction entre la tâche et sa réalisation est aussi insoluble qu'elle ne l'était dans l'entreprise elle-même servant de thème à la représentation. L'agiotation de Law était une entreprise capitaliste basée sur un profit tiré des colonies, entreprise qui dans la société féodale n'étant pas encore mûre pour ces sortes d'affaires, était à priori condamnée à une faillite. Law a choisi la voie, qui à son époque était la seule à suivre, de gagner pour son entreprise l'appui du roi et à travers celui-ci, de l'état français. Néanmoins, la décision souveraine de la monarchie féodale n'a pas été ca­pable de suppléer aux conditions économiques effectives : la banque royale et le système Law, étant nés prématurément, ont échoués infailliblement. Le motif central de la représentation du plafond — il ressort clairement de la description — était de rattacher les bienfaits de la banque à la personne du souverain (le roi mineur et surtout le Régent). On peut supposer que c'est justement ce point de vue qui fut l'un des motifs de la création du plafond. Law s'est efforcé de légaliser l'en­treprise en l'élevant dans les sphères royales, et d'engager le Régent par une manifesta­tion d'hommage gigantesque qui proclame sur une peinture de plafond à plus de cent personnages, les attaches de la banque et du souverain. Cet effort a permi à Pellegrini d'adopter dans son plafond le schéma des glorifications princières. Le motif central ap­paraît dans l'arrangement traditionnel : la place principale dans les régions supérieures est occupée par la Religion et le Héros (sous la forme du Régent), soutiens princi­paux du souverain, élevant dans les hauteurs le médaille du roi vers le couple divin Jupiter et Junon, trônant dans les cieux. Tel que dans la partie faisant allusion au prince et à l'aide divine, le peintre se tient dans la représentation des vertus au schéma habituel. Les symboles bien connus popularisés dans de vastes milieux sur les estrades d'honneur solennelles, sur des tableaux et gravures, se rangent sous les formes fixées dans les iconologies connues, avec leurs attributs coutumiers: Hercule, personnifica­teur de la Force, avec la massue, la Magnificence avec la statuette de Minerve, la Félicité tenant dans sa main la langue de flamme, la Magnanimité avec le sceptre et la corne d'abondance, etc. L'allégorie glorificatrice prétendant à la plénitude, il n'y pouvaient, bien entendu, être absentes les figures symbolisant les sciences humaines (Historiogra­phie, Poésie, Eloquence, Arts, etc.), et les figures opposées permettant de mettre en va­19 Aux types d'allégories d'Hercule ou des héros appartiennent dans la première moitié du XVIII e siècle : plafonds de L. A. Colombo à Ludwigsburg et de F. Lemoyne à Versailles, les fresques de Carlone dans le palais Kinsky à Vienne et d'Altomonte au Belvedere de Vienne, etc. Nous citerons parmi les nombreuses versions du type d'allégorie d'Apollon (le souverain comme protecteur des arts et des sciences) les plafonds de Ch. Th. Scheffler à Ellwangen (Fürstensaal), de C. Carlone à Ansbach et à Ludwigs­burg, de Wohlhaupt er à Fulda, etc. v. aussi Mrazek, W. : Alte und moderne Kunst. 1957. 1, 7/8.

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