Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 19. (Budapest 1961)
FENYŐ, IVAN: Sur quelques dessins italiens du XVIe siecle
Nous avons réussi à constater que la feuille est le dessin préparatoire de la «Nativité», célèbre tableau (fig. 51) conservé à la Pinacothèque Tosio et Martinengo de Brescia, qui a jadis décoré l'autel de l'église San Giuseppe de Brescia. Sont identiques à quelques menues différences près sur le dessin et le tableau la Sainte famille (voir Joseph s'appuyant sur son bras gauche) et la composition des anges planant au-dessus d'elle. Dans l'arrière-plan l'artiste marque sur le dessin avec de lignes très faibles le contour d'une architecture semblable à l'édifice visible sur le tableau. La seule différence plus importante est que les deux bergers se tiennent sur le tableau derrière Saint Joseph. Cette modification met la Sainte famille mieux en relief sur le tableau que sur le dessin, permettant une composition plus harmonieuse et homogène. C'est dans cette période que Romanino est le plus proche de l'art du peintre vénitien Lorenzo Lotto, ce grand maître travaillant dans les villes de l'Est de la Lombardié. L'influence de Lotto se manifeste dans le dessin bien plus vigoureusement que dans le tableau d'autel de Brescia, où à côté de la matérialité des costumes, tendre et argentée à la Savoldo, et des formes pordenonesques des putti planant dans les hauteurs, l'influence de l'art poétique si individuel de Lorenzo Lotto ne se fait pas valoir au plus haut point. Le charme du visage mince et délicat de la Vierge du dessin reflète parfaitement l'esprit de Lotto et est plus proche du modèle, donc de Lotto, que des types de têtes aux visages ronds de Romanino qui exécuta le dessin. Nous n'avons qu'à songer à la «Nativité» de Lotto, de la National Gallery of Art de Washington, datée de 1523, mais surtout à son «Adoration des bergers» à la Pinacothèque de Brescia, que les spécialistes datent des années 1527—1528. Cette oeuvre est une condition première, un terminus post-quem pour la «Nativité» de Romanino, que le maître a dû exécuter vers 1530. Cette date permet de fixer celle de notre dessin de Romanino. Les racines de la composition et de l'atmosphère du tableau de Brescia et du dessin de Budapest sont présentes dans l'art de Brescia, pays natal du peintre. L'attitude de la Vierge avec les bras dévotement croisés est, depuis Giotto, un motif fréquent dans les arts plastiques, or ce geste dans notre dessin remonte au vieux maître de l'école de Brescia : Vincenzo Foppa. C'est dans les tableaux de Foppa, dans l'«Adoration» de Detroit, dans l'«Annonciation» de Crema et dans le «Presepe» de Chiesanuova que Romanino a dû voir ce motif. 26 Un autre antécédent de la «Nativité» de Romanino est encore la «Sainte Famille» de l'église Santa Agata de Brescia. Antonio Morassi attribue ce tableau à Paolo de Cailina et le date des années autour de 1520. 27 On connaît peu de dessins de Romanino, et le style du dessin de Budapest correspond parfaitement au style de ceux-ci. Nous citerons en premier lieu le dessin également à la sanguine de la collection Rasini de Milan, dont la signature «Hieronimus Romani da Bressa» est acceptée par les auteurs du catalogue de l'exposition Budapest, représentant «Les pèlerins d'Emmaüs» et les «Noces de Cana», mais H. Geisenheimer a, encore en 1908, démontré de ces dessins — auxquels appartient en outre une troisième feuille figurant la «Cène» — qu'ils sont des esquisses préalables pour les fresques de Bernardino Poccetti qui se trouvent dans le réfectoire de l'église Sto Spirito de Florence. Voir Gottschewski, A. : Monatshefte für Kunstwissenschaft. Rundschau 1908. p. 445. (Compte rendu de la conférence de Geisenheimer). — Geisenheimer, H. : Mitteilungen des Kunsthistorischen Instituts in Florenz. I. 1911. p. 44, et Hoffmann, E. : Újabb meghatározások a rajzgyűjteményben (Nouvelles identifications dans la collection de dessins). Az Orsz. Magyar Szépművészeti Múzeum Evkönyvei. VI. 1931. p. 166, fig. 44. 26 V. W i 11 g e n s , F. : Vincenzo Foppa. Milan, s. d. fig. LXVIII, LXX, LXVII. 27 Catalogo délie cose d'Arte et di Antichità d'Italia. Brescia, a cura di Antonio Morassi. Roma, 1939. p. 51.