Szilágyi János György - Kaposy Veronika szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 6. (Budapest, 1954)

RAJNAI, NICOLAS: L'exposition Ladislas Paál

poudroyante tombe telle une pluie d'or sur les feuillages, sur la mousse humide, et la fane multicolore. Ces événements et enseignements ne servaient cependant qu'à enrichir le trésor de ses souvenirs : son inexpérience dans la technique de la peinture l'empêcha d'en former des tableaux, et la main manquant d'exercice ne conduisait le pinceau qu'en trébuchant. Cette période est représentée à l'exposition par le «Coucher de soleil aux rives du Maros», tableau qui tout en étant un document charmant, ne laisse entrevoir que faiblement la fin du chemin sur lequel il marque évidemment le premier pas. C'est l'Académie de Vienne qui fournit à Paál les premiers enseigne­ments techniques de la représentation et de l'expression artistique. C'est là qu'il acquit sa sciene correcte du dessin, assurant une charpente solide même à ses oeuvres tardives d'une facture fort sommaire. Cette étape de son évolution est présentée aux visiteurs de l'exposition par quatre oeuvres exécutées en 1869 et 1870. Deux de ces toiles sont déterminées par l'imita­tion exacte des formes de la nature, or, bien qu'en balbutiant, le désir de former la vision se présente déjà en lui. Les deux autres toiles — dans les cadres des normes imposées par l'Académie — témoignent d'une vision de la nature, libre, sincère et lyrique. Il n'a désormais, qu'à allier son indivi­dualité robuste avec les résultats atteints, pour que ses oeuvres qui doivent naître soient entièrement les siennes. Les différents degrés, et en partie, la réalisation complète de cet alliage sont représentés par les dix et quelques toiles qui ont été exécutées pendant son séjour à Düsseldorf et ses voyages à Beilen. Les yeux de Paál se sont ouverts grâce au grand héritage de la peinture de paysage hollandais du XVII e siècle et au paysage hollandais lui-même portant une preuve directe des vérités de celle-ci. Les grandes impressions qu'il reçut en Hollande ont raffermi sa foi en la justesse de ses efforts et dans la volonté de devenir le successeur digne des maîtres dont quelques oeuvres lui étaient connues : les maîtres de Barbizon. Paál, enfin, s'est retrouvé soi-même. Le paysage est désormais motif et moyen : motif, dans les profondeurs duquel il doit pénétrer et en extraire l'essence, mais en même temps moyen : un instru­ment de musique sur lequel il doit faire sonner sa vie sentimentale, ses sentiments débordants et ondoyants, bref, toutes les variantes de sa propre mélodie. Les oeuvres exécutées à l'époque de ses deux voyages en Hollande parlent, presque sans exceptions, de ce même Ladislas de Paál. Le réseau exacte du dessin se noie dans le sein des larges taches de couleur, les formes de détails se rassemblent en de grandes unités et les moyens de l'expression picturale se réduisent à l'essence. L'artiste évoque dans ses toiles -—• toutes de format allongé — les paysages de la grande plaine hongroise : il repré­sente les motifs les plus simples : des meules de foin brunes, de forme curieuse, des chaumières pauvres, des groupes d'arbres s'élevant derrière le premier plan marécageux. Les silhouettes des divers éléments du paysage se détachent du ciel rarement ensoleillé, mais d'habitude clair, ciel qui se. voûte puissamment au-dessus de la plaine hollandaise embuée. Ces motifs prouvent à eux tous seuls que les souvenirs apportés de sa patrie se mêlèrent de manière intense dans le choix de ses sujets, mais la preuve négative est encore plus convaincante: le fait qu'il évite les motifs caractérisant exclusi­vement le paysage hollandais, étrangers à l'oeil des Hongrois (par exemple les moulins à vent et les paysages marins) et qu'il ne choisit que des mo-

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