Hedvig Győry: Mélanges offerts a Edith Varga „Le lotus qui sort de terre” (Bulletin du Musée Hongrois des Beaux-Arts Supplément 1. Budapest, 2001)

KAROL MYSLIWIEC: Le harpon de Sakkara

Ce monument provient sans doute du complexe funéraire de Djoser, peut­être de sa cour de la fête "sed" ou d'un temple bas du roi 23 . La ressemblance des deux serpents aux représentations pareilles à l'extrémité méridionale de la cour du complexe funéraire de Netjerikhet 24 fait penser que ce motif devint un cliché dans la décoration de ce complexe. Il est fort probable que notre harpon était fait également pour ce roi, et déposé, à l'origine, dans un endroit impor­tant du même complexe. Il aurait été déplacé et remployé, à l'époque de la sixi­ème dynastie 25 , dans le "tombeau" mystérieux découvert par notre mission. Dès les débuts de l'époque pharaonique, le harpon passait pour un objet royal et divin par excellence 26 . Son emploi symbolisait la victoire du roi ou du dieu sur le mal symbolisé, surtout, par l'hippopotame 27 . La pêche au harpon ne cesse point d'être considérée une prérogative royale vers la fin de la 5 e dynas­tie, où l'on commence à voir des nobles comme harpormeurs, dans les scènes décorant les parois des tombeaux. On voit Sahouré et Pépi II en tant que har­ponneurs dans les scènes décorant leurs temples funéraires 28 , et même si un prince se voit représenté dans ce rôle, il porte presque toujours le pagne royal "chendjit" 29 . Dans les "Textes des Pyramides" (Pyr. 235a, sp. 231), l'os du roi est identifié avec la pointe du harpon (ks), et la même idée apparaît dans le texte biographique d'Ankhtifi à Mo r alla (ancienne Héfat), où le nomarque se compare à un harpon planté dans les narines d'un hippopotame en fuite 10 . À Mo r alla, cette imagerie se rapporte à une fête célébrée à la suite d'une victoire sur les Nubiens, en l'honneur du dieu local, Hémen. Le rituel de la mise à mort de l'hippopotame remontant probablement jusqu'à la première dynastie 31 , il paraît possible que le harpon trouvé à Sakkara fut également associé à un roi, à savoir Netjerikhet. ° Hawass, A fragmentary monument of Djoser from Saqqara, JEA 80 ( 1994), pp. 51-53. 34 J.-Ph. Lauer, La Pyramide à degrés, II, Le Caire 1936, pp. 10-11, pis. 52 et 54. Cf. Hawass, op. cit (note 23), p. 51, note 11. 2- Comme l'indique la poterie trouvée dans la couche sous le harpon (cf. note 15). Les deux trouvailles, le monument en calcaire cité plus haut (note 22) et le harpon en question, laissent supposer que le remploi des éléments du complexe funéraire de Netjerikhet devint une pratique commune à l'époque de la 6ème dynastie. 3,1 Sävc-Söderbcrgh, op. cit (note 18), cols. 1012-1013; T. Sävc-Södcrbergh, Harpunieren, LÀ II, cols. 1014-1015. 37 Vandier, op. cit. (note 20), pp. 718 et 773-774; T. Säve-Söderbcrgh, On Egyptian Representations of Hippopotamus Hunting as a Religious Motive, Horae Soederhlomianae III, Uppsala 1953, pp. 26-41 and 55-56; A. Behrmann, Das Nilpferd in der Vorstcllungswelt der Alten Ägypter; Europäische Hochschulschriftcn Reihe XXXVIII Archäologie. 62, Teil II, Textband, Frankfurt 1996, pp. 39-40, 42-44, 71. 28 Vandier, op. cit. (note 20), p. 774, n. 1 et 2, figs. 399 (3) et 432; Behrmann, op. cit., p. 39, note 106, et p. 71, note 272. 29 Vandier, op. cit. (note 20), p. 718, note 3. 50 Ch. Leitz, Die Schlangensprüche in den Pyramidentexten, Orientalia 65/'4 (1996), pp. 403-404; Vandier, op. cit. (note 20). pp. 782-783. " Vandier, op. cit. (note 20), p. 783.

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