Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)
se dessinaient déjà. Gábor Pap avait raison d'insister sur cette évolution dont il s'était fait une idée juste sans pouvoir la défininir exactement. Qu'il nous soit permis maintenant de citer Petőfi: 81 « A côté du poli, il y a de la place pour le rugueux aussi » et « il est plus recommandable d'exprimer, tels qu'ils sont, tous les sentiments et les expériences de la nation que de se donner éternellement du mal en employant à tort et à travers les mots « cœur, sein, édénien, ciel, salut et d'autres qui sonnent aussi creux », c'est-à-dire de languir après « des choses idéales » vides de sens. Nous n'affirmons pas que ceux qui ont blâmé Orlai à cause de ses idées sur le contenu et la forme de l'art eussent langui après des choses idéales usées jusqu'à la corde et vides de sens. Cela est hors de cause. Nous n'oublions pas non plus qu'Erdélyi lui-même recommandait dans ses études ultérieures aux partisans d'une littérature nationale et originale de mettre à leur profit quelques-uns des résultats très importants du classicisme. 82 Enfin, nous n'ignorons pas que dans l'appréciation de la littérature on doit employer une autre mesure que pour les beaux-arts moins développés qu'elle. Pourtant, en étudiant l'œuvre de notre peintre, nous avons dû recourir à des normes littéraires (philosophiques et esthétiques) opposées, invoquer le témoignage d'écrivains de métier et ceux d'un écrivain prenant part aussi à l'organisation de la vie culturelle et à la vie politique du pays parce que nous étions convaincu que la carrière d'artiste d'Orlai s'étendant sur 5 ou 6 ans à peine, avait été influencée par la lutte des contraires et parmi les facteurs qui y entraient, il y avait eu autant de facteurs littéraires qu'artistiques. Personne ne peut échapper à l'influence du courant d'idées et des tendances politiques de son époque. Orlai appartenait à ceux qui en étaient le mieux touchés. Voilà notre peintre tel que nous le voyons avec ses qualités et aussi avec ses limites au début de sa carrière. Nous nous sommes attaché à mettre au jour ses qualités, mais nous avons indiqué, bien qu'indirectement, ses limites aussi. Nous avons constaté qu'il avait produit peu si nous ne considérons que le nombre de ses œuvres. Cependant, toutes les œuvres qu'il a produites, lui demandaient des efforts qui dépassaient ses forces et l'emploi de moyens que l'art hongrois n'avait pas encore acquis. D'où il a résulté pour lui, en particulier, que sa technique, étant nouvelle, n'était pas encore parfaite. Mais, en dépit de ce défaut, les efforts d'Orlai sont sympathiques et sont ceux d'un précurseur. Les portraits qu'il a faits du grand poète Petőfi méritent d'être remarqués non seulement à cause du modèle dont ils reproduisent les traits, mais aussi en raison de leur facture. De même les dessins au crayon représentant les parents du poète. En pensant à ces deux portraits au crayon et aux illustrations de poèmes de Petőfi et d'Arany qui leur sout postérieurs, nous regretterions vivement que dans la situation actuelle quelqu'un mette en doute soit en écrit, soit par la parole, le don d'Orlai pour le dessin. Nous avons également une grande sympathie pour sa peinture historique, La découverte du corps du roi Louis II. Nous sommes pleinement d'accord avec le peintre sur l'idée qu'il exprime. En plus, nous considérons l'œuvre comme un essai sans équivoque d'appliquer à une composition sa juste conception qui veut que le tableau historique de style romantique soit un accord dramatique homogène demandant à l'artiste d'avoir un tempérament ardent nécessaire pour la compréhension de l'importance de son idée et pour son expression par des moyens dont il dispose (sous forme d'une vision réelle dont la vérité ne peut pas être mise en doute). Sur ses toiles historiques importantes datant d'une période ultérieure, l'accent est surtout mis sur les détails et sur les formes non seulement régulières mais agréables aussi, tandis que le rôle de la grande conception dramatique y allait en diminuant. (Cela prouve que le peintre avait pris en considération et mis en pratique les conseils de ses protecteurs.) Cette grande peinture historique est précieuse pour nous pour une autre raison : elle a été justifiée par l'évolution de l'art hongrois. Parmi les membres de la génération suivante, Bertalan Székely choisissant le même thème dix ans plus tard, s'est inspiré du tableau d'Orlai. Celui-ci continuait de professer ses idées anciennes sur la peinture historique et quand la toile de Székely a été présentée au public, il ne se trouvait pas parmi les scrupuleux qui formulaient des réserves sur la fidélité à l'histoire de l'auteur ; il ne parlait pas non plus de plagiat quoi qu'il fût certain que Székely avait été inspiré par son œuvre. 11 a salué avec une joie franche le jeune camarade et a donné preuve de sa perspicacité dans des problèmes esthétiques et de son comportement d'homme honnête quand dans le journal qui l'avait attaqué autrefois, il a pris la défense de Székely et a écrit les lignes suivantes : « L'histoire ne peut exiger de l'artiste que de de rester fidèle uniquement à ce qu'elle a d'essentiel ; quant aux détails, elle ne peut lui contester la liberté de les modifier au cas où, laissés tels qu'ils sont, ils compromettraient l'effet esthétique et dramatique de l'œuvre. » 8:! Il lui a rendu, sans le lier à aucune condition, l'hommage tjue ses ennemis et ses amis avaient refusé à lui au moment où il s'était risqué à faire une œuvre capitale décidant de tout son avenir. 1970 Béla Szíj