Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

l'ardeur avec laquelle il a réclamé la reconnaissance des mérites de ceux qui avaient résolu certains problèmes de la peinture contemporaine, sont valables encore aujourd'hui, à l'époque de l'éducation de la conscience socialiste. Il a dû constater que le public s'intéressait en premier lieu même à Vienne à l'art moderne ayant un caractère national. Cet intérêt, il l'a expliqué ainsi : « Pour que le peuple puisse jouir pleinement des créations de l'art, il demande à celui-ci de refléter son caractère à lui, de ressusciter des souvenirs qui trouvent de l'écho dans son cœur, en un mot, de l'intéresser de plus près. Par conséquent, si l'art continue d'ignorer le peuple et se réfugie dans de vieilles galeries encombrées d'objets qui n'ont aucun trait à la vie populaire, il sera inutile de chercher de la sympathie chez le peuple pour les arts. » A la fin de cet article, Orlai rappelle à ses lecteurs qu'il y avait à Vienne, depuis cinquante ans déjà, une exposition permanente et qu'elle était très fréquentée par les visiteurs. Il est à regretter que ses connaissances se soient enrichies plutôt dans le domaine théorique au préjudice de ses con­naissances professionnelles. Cela est prouvé par des faits négatifs et aussi par des faits positifs. Fait négatif : nous lui connaissons très peu de dessins et de peintures datant de cette période de sa vie. On a le droit de supposer qu'il a dessiné et peint très peu. La seule œuvre connue, un tableau, Jeune chevalier partant pour la bataille, présente une conception dépourvue d'intérêt, dans le genre que Toldy lui avait recommandé. 70 Par contre, nous devons signaler comme un fait positif, la publication dans le magazine Délibáb (Mirage) d'une étude, Idées sur Vart, recueil riche de principes intéressants. 71 Elle est l'exposé le plus concis de la conception de l'art d'Orlai. Elle mérite d'être analysée. C'est en se servant de la lettre de Brodszky que nous avons fait connaître plus haut ou, au moins, en s'inspi­rant d'elle qu'Orlai a écrit cet excellent article. Etudiant les rapports entre l'art et la nature, il fait observer que l'artiste seul soit à même d'entrevoir et de montrer la beauté réelle de la nature. A l'exemple de Brodszky, il reconnaît que dans l'art, l'enseignement et la création dé­pendent davantage de principes, de principes aussi univer­sels que possible, que des tours d'adresse de l'artiste. Mais il n'oublie pas d'y ajouter que « l'idée de la beauté, (à savoir le comment et le vrai de la création) ne peut être saisie qu'individuellement même par un homme au goût le plus raffiné et qu'il y aura toujours un grand nombre de formes diverses propres à l'exprimer plus parfaitement. Si nous renions cette vertu à l'art, nous assignerions une limites à la force créatrice et l'art finirait par périr. La notion du beau comme celle du vrai ou de la fidélité relève d'une conception personnelle, individuelle. A mon avis, l'artiste ne peut rester fidèle à la nature (et, en général, au motif ou à l'événement qu'il veut exprimer) et la domi­ner que dans la mesure où il s'efforce de rendre toutes ses caractéristiques générales ; s'il se propose d'en pénétrer des détails réels, il s'égarera dans leur richesse et son ambition lui fera manquer l'objectif principal, l'effet que son œuvre prise dans son ensemble devrait exercer sur les spectateurs. Cette vision générale de la nature elle-même sera d'un caractère personnel. » Après avoir exposé ces idées, il a lui-même reconnu que l'étude de la nature sans aucune préparation méthodique ne formerait que des naturalistes dont les productions n'égale­raient pas un daguerréotype bien fait. Quant aux études pré­liminaires méthodiques, il en a fait, en grandes lignes, le programme qui, malgré la circonspection dont il fut l'objet, n'en attribue pas moins d'importance et de droit légitime à l'imagination de l'artiste (donc à son talent). Tout ce que nous venons de dire met en lumière le bien­fondé des jugements d'Orlai dans des questions de prin­cipes concernant l'art et sa faculté de discerner les facteurs qui prévalent dans le processus de la création et, en par­ticulier, dans la représentation de la réalité. Nous pouvons être sûrs que son comportement aussi avait contribué pour une large part au resserrement des liens d'amitié qui l'attachaient à des écrivains dont nous avons déjà men­tionné les noms. Agé de 32 ans et chargé de famille, Orlai est rentré de Vienne en 1854. 72 La période de la préparation profes­sionnelle était terminée. Il s'est établi à Pest. L'organisa­tion régulière d'expositions offrait à nos artistes des chances de réussir. Orlai s'est bientôt mis à peindre des tableaux historiques, des genres, des portraits et à faire des illustra­tions ; il est entré dans la seconde période de sa carrière, plus longue que la première. Elle fera l'objet d'une étude ultérieure. * Avant de résumer les données de notre étude sommaire des débuts d'Orlai dans la peinture, nous voudrions exami­ner encore quelques problèmes. Un des critiques de son am­vre s'est déjà demandé pourquoi il avait abandonné la car­rière de juriste pour laquelle il était si bien préparé. Il aurait pu mener une existence tranquille soit dans le département de Békés, soit à Pest. Nous reprenons ce pro­blème mais nous l'envisagerons sous un autre aspect. Nous le posons ainsi : En voyant les historiens de l'art et les critiques s'empresser de condamner son œuvre qui lui avait coûté tant d'efforts et avait exigé tant de sacrifices, pourquoi n'a-t-il pas choisi la carrière littéraire ou la car­rière de critique d'art? Nous avons vu combien il était doué pour les lettres. Il avait passé pour le meilleur styliste et conteur de son cercle d'amis à Pápa. Quand il s'est décidé pour la peinture, il avait déjà publié dans les revues hongroises de l'époque quelques contes d'amour dans le goût romantique et sentimental. 73 Ses principaux person­nages étaient des peintres, l'action se passait soit dans l'une des grandes époques de l'art (par exemple la Renais-

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