Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

DEZSŐ E R D E Y (1902-1957) « L'expression contemporaine du sentiment de la vie de tous temps dans l'architecture, la sculpture ou la pein­ture, c'est le style dans l'art. » Voilà une seule phrase con­cise de Dezső Erdey par laquelle l'artiste encore jeune révèle l'objectif qu'il s'était donné : il consacrerait toute sa vie qu'il voulait pleine et parfaite à l'expression par des œuvres plastiques de son époque en effervescence où le sen­timent de la vie n'avait pas encore pris sa forme définitive. Ses réussites qu'il devait à son tempérament d'artiste aspirant toujours à ce qui était difficile et élevé l'ont con­sacré personnalité marquante de la génération de scul­pteurs œuvrant après la Première Guerre mondiale. Sa carrière embrasse la période qui va de 1919 à 1957. Par­courons-la avec lui ; tâchons de pénétrer son art et sa per­sonnalité ; évoquons les événements de sa vie. Il a quatorze ans quand il se met à dessiner et brûle du désir de se faire artiste. Dans l'année de la révolution, pendant les grandes vacances, il s'inscrit à l'école libre de peinture à Szeged. Son premier maître, Sándor Gergely découvre tout de suite la force plastique et la vision cubiste progressiste de ses tableaux ; il le persuade de choisir la sculpture. Il renonce à jamais aux couleurs, il se vouera pour toujours à ce genre de sculpture qui n'a rien de com­mun avec l'art pictural. Il prépare son baccalauréat quand en 1919 il est pro­fondément impressionné par la révolution culturelle et artistique de l'année. Les écrivains Gyula Juhász, Ferenc Móra et le peintre Sándor Nyilassy à qui il est apparenté par sa mère, ne tardent pas à reconnaître sur ses œuvres plastiques les signes sûrs du talent. Les ressources bien modestes provenant de la vente de ses œuvres de jeunesse lui permettent de venir à Budapest et de se présenter au concours d'admission de l'Ecole Supé­rieure des Beaux-Arts. Sur 16 candidats 2 sont admis, dont lui, le plus jeune, âgé alors de 18 ans. Il commence ses études supérieures décidé à apprendre tout. Cependant, il passe presque deux années stériles dans la classe du pro­fesseur Radnay. Maître et élève ne se comprennent pas, chacun ayant son langage plastique particulier. Il travaille depuis cinq ans déjà sans aucune aide, abandonné à lui­même. Sa main adroite n'a pas été saisie par une main plus forte, plus assurée. Enfin, il est admis dans la classe du maître István Szentgyörgyi qui l'aide à acquérir la tech­nique parfaite de la sculpture. Parmi ses œuvres de jeunesse, une ébauche en argile. Femme dans le style grec, mérite d'être remarquée. Le mo­delé et. le drapé de cette statuette témoignent de la maî­trise du jeune sculpteur et annoncent sa conviction que de tous temps la plastique a pris pour modèle la sculpture grecque. Sa statue, Narcisse, dépassant la grandeur nature se distingue par sa composition bien équilibrée et son modelage sain, sans artifice. L'art de l'auteur y apparaît déjà si mûr que la composition a été récompensée par un prix à l'ex­position des nus de jeunes artistes. De même, les portraits de jeunesse font également preuve d'une formation sérieuse. Parmi eux mentionnons la Tête de garçon remarquable par la synthèse harmonieuse des détails. « Les conditions dans lesquelles nous vivions dépassent de loin celles des héros du roman de Maxime Gorki » — écrit­il en parlant du « logis » où il a vécu pendant des années : une baraque de planches dans le jardin de l'Ecole, appelée par les jeunes artistes « la pépinière de génies ». Erdey vit alors dans des conditions déplorables. Il se trouve toujours à court d'argent et se nourrit mal à la cantine de l'École. Après les travaux de modelage et les études de la journée il veille la nuit et fait des ivoires. C'est ainsi qu'il réussit, avec beaucoup de peine, à gagner sa vie. Dans les discussions qu'il a avec les autres locataires de la « pépinière de génies » sur l'art d'avant-garde, les noms de Maillot, Braque, Despiau, Barlach et Lehmbruck re­viennent souvent. * Le premier grand succès qu'il remporte est dû au réveil soudain d'impressions d'enfance. Dans une ferme aux environs de Szeged, il avait porté dès l'aube jusqu'à la tombée de la nuit, lui, gosse aux bras décharnés, des seaux pleins d'eau, dans les vignobles, à l'époque de chaleur torride de l'été hongrois. Comme l'eau d'un seau trop plein déborde, il est sorti de ces souvenirs une statue : le Jeune porteur d'eau (Fig. 105). Don indiscutable et connaissance du métier caractérisent cette œuvre qui consacre le jeune artiste sculpteur accompli. On a tant loué cette statue que les mots nous manquent pour vanter sa beauté. Il nous faudrait souligner la richesse de ses formes, la solidité de sa composition, l'ambiance émouvante qui se dégage d'elle. II serait tout de même impardonnable de ne pas parler d'une des nombreuses critiques dont elle a été l'objet.

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