Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

Pour résumer, disons que l'influence du Constructeur de Lissitzky sur certains peintres hongrois entre les deux guerres s'explique par deux raisons : par sa valeur de sym­bole direct et ses formes conçues dans un style qui com­bine le constructivisme, le surréalisme et la nouvelle objec­tivité. Les recherches de Lissitzky rencontraient au fond celles qui se manifestaient alors dans la peinture hongroise aussi. Les deux tendances, celle de créer des symboles et celle de trouver une manière, un style nouveau par la synthèse de trois courants ne font qu'une au point de vue de leur influence. N'oublions pas que l'idée de représenter l'homme constructeur par la présentation artistique de ses mains, ce sont les partisans du mouvement de la Bauhaus qui l'ont eue les premiers. Mais le dessin précurseur de Gerhardt Mareks en 1923 est encore marqué par l'esprit de Jugendstil \ il n'aurait pu exercer une influence aussi profonde sur cette génération, même s'il avait été connu. Il avait beau se présenter comme un symbole, par ses for­mes (son style, sa manière, ses procédés) il représente une époque antérieure 7(i (Fig. 72). Nous ne retrouvons nulle part l'effet ultérieur de ce motif. Il avait disparu. Il a certai­nement joué quelque rôle dans une époque où il véhiculait, avec d'autres motifs"' un contenu à sens direct ou plutôt ayant un sens qui convenait aux tendances plus générales, moins directes d'un art progressiste sympathisant avec l'Union Soviétique et les mouvements de gauche. Il a dû jouer alors le rôle de la marque distinctive d'une certaine attitude. Ceux qui se sont servis de ce motif symbolique, l'ont payé cher. Nous le retrouvons pourtant après de longues années dans une œuvre plastique de Jenő Kerényi, un des maîtres de notre sculpture moderne. Nous pensons à son œuvre, la Main au compas qui, commandée par l'Etat en 1968, décore aujourd'lmi une des façades de l'Université Poly­technique de Miskolc. Cette œuvre, comme le constate Gyula Kovács, se distingue des autres créations de style expressif de Jenő Kerényi et elle passe pour une des œuvres maîtresses du sculpteur par son idée aussi bien que par sa conception 78 (Fig. 73). Lenke Haulisch NOTES 1 Cf. Schuldt : El Lissitzkys photographische Arbeiten [aus Katalog El Lis­sitzky Ausstellungen Eindhoven (Bâle) Hanovre 1966]. Rapporté par Sophie Lissitzky-Kiippers : El Lissitzky Maler Architekt Typograf Fotograf. Dresde 1967. 2 Werner Haftmann par exemple a tort d'affirmer dans son Encyclopedia délia pittura moderna (Il Saggiatore 1960) que Lissitzky avait été un émigré politique. Cf. avec la préface d'Antonello Trombadori à l'ouvrage de Nicolai Khardgief : Sulla récente rnostra delVavantgardia russa. Paragone, Mai 1965. C'est Mihail Alpatov qui a bien voulu me signaler à Moscou en 1964 une étude qui allait paraître de la plume du meilleur connaisseur de l'avant­garde russe. Elle a été publiée à l'occasion d'une exposition en Italie des maîtres de l'avant-garde russe et à propos de son Catalogue qui publiait des renseignements sur le mouvement. Khardgief constate que des erreurs et des altérations concernant la peinture russe foisonnent dans les ouvrages d'histoire de l'art universel. Cf. encore : Sophie Lissitzky-Kiippers : Op. cit. J Cf. Schuldt : Op. cit. 4 Cf. Sophie Lissitzkv-Kiippers : Op. cit. 5 Cf. Camilla Gray : The great experiment : Russian art 1863-1922. New York 1962. 0 Cf. Sophie Lissitzky-Kiippers : Op. cit. 7 Cf. Camilla Grav : Op. cit. et Sophie Lissitzky-Kiippers : Op. cit. 8 Les projets de la reconnaissance du nouveau (FIpoeKTbi yTBepîKiieHMH HOBoro). 9 Cf. Sophie Lissitzky-Kiippers : Op. cit. 10 Cf. Schuldt : Op. cit. — L. Moholy-Nagy : Malerei Photographie Film 1925. Deuxième édition 1927. - Les Catalogues de 50 Jahre Bauhaus Ausstellung. Stuttgart, 1968. — Lenke l laulisch : Lajos Kassák. Fotóművészet (Art de la photographie) 1967/2. — Lenke Haulisch : Kassák et la photo. Fotóművé­szet (Art de la photographie) 1967/3. 11 Cf. Mario de Micheli : Le mouvement d'avant-garde. Budapest 1965. 12 Cf. Schuldt : Op. cit. — Patrick Waldberg : Der Surrealiznuis. Verlag Du Mont Schauberg, Köln (Cologne) 1965. 13 Cf. Mario Micheli : Op. cit. L'auteur s'en réfère à Aragon qui, dans son ouvrage La peinture au défi (Paris, Galerie Pierre 1930) attribue à Max Ernst ia découverte du photomontage. En Hongrie, István Genthon parle de la difficulté de désigner l'inventeur du photomontage. Cf. son étude Merz et la photoplastique publiée dans la revue Magyar Iras, 1925/6. 11 Ce fait est souligné par les chercheurs qui réussissent à différencier dans le mouvement qui s'est manifesté entre les deux guerres deux éléments, deux facteurs, l'un historique, l'autre relevant du domaine du style. Les autres, trop attachés à l'étude du style, ne voient pas le caractère historique de cette évolution. V. Antonello Trombadori qui dans son ouvrage mention­né ci-dessus fait observer que l'orientation de l'art vers le réalisme en Union Soviétique correspondait aux aspirations des meilleurs artistes ce qui ne contredit pas le fait que plus tard un nouvel académisme a succédé à ce renouveau de l'art dû à la synthèse des résultats acquis au cours du XX e siècle. Werner Ilaftrnann (Malerei im XX. Jahrhundert, Munich 1955) insiste dans un chapitre consacré à l'art entre les deux guerres sur la présence d'une tendance semblable dans l'art allemand, italien et français aboutis­sant soit aux réussites d'une synthèse nouvelle, soit au style officiel dans les Etats totalitaires. Plus d'un des artistes russes en émigration sont revenus à l'art figuratif devançant ceux qui étaient restés dans leur pays et dans l'art desquels l'abstraction persistait tout naturellement. Cf. Michel Seuphor : Knaurs Lexikon abstrakter Malerei. Éd. allemande à Munich en 1957. Mot-ru­brique : Iwan Puni (Jean Pougny, 1894-1957). Donation Pougny. Exposi­tion à l'Orangerie. Paris, 1966. Catalogue préfacé par Bernard Dórival et Michel Hoog. Ce retour à l'art figuratif ou au moins l'intention d'y revenir se remarquent aussi chez un artiste comme Antoine Pevsner qui avait quitté l'Union Soviétique déjà en 1922 et il est devenu un des représentants les plus remarquables de l'abstraction constructive. Mais, en même temps, il faisait des études naturalistes comme celles par exemple qui préparaient son portrait de Marcel Duehamp exécuté en relief en 1926. Reproduction : Bernard Dórival : Le dessin dans l'œuvre d'Antoine Pevsner. Collection Prisme. Paris 1965. On retrouve cette même joie maligne dans la critique bourgeoise en Hon­grie aussi quand elle parle de l'épuisement nerveux en 1925 de Malevitch qu'elle prend pour le représentant principal du suprérnatisme considéré à tort comme l'art officiel de l'Union Soviétique. L'idée ne lui est pas venue d'attribuer cette crise à une intervention officielle ; au contraire, elle affirme que le choc nerveux qui a terrassé le peintre doit être imputé à sa philosophie absurde. V. István Genthon : Malevits. Dans la revue Magyar írás, 1925, il" 2. 15 Ernő Kállai, rédacteur de la revue Bauhaus à Dessau, proteste déjà en 1928 dans son étude Style! (publiée en septembre dans la revue Munka) contre la conception vulgaire du modernisme, contre la croyance naïve d'avoir fait œuvre moderne en employant des formes géométriques, des cubes, etc., disposées horizontalement et verticalement. « Autrefois on lisait dans tous les magazines illustrés destinés aux familles Décorez voire foyer ; maintenant ces mêmes magazines vous conseillent de construire votre foyer » — écrit-il. Cf. encore : Mihail Lifsitz : Marx és az esztétika (Marx et l'esthétique), Budapest 1966. Dans l'introduction de son ouvrage, l'au­teur constate que le constructivisme vidé de son contenu au cours des années 1920 est devenu un métier ennuyeux. Nicolaus Pevsner : Europäische Architektur von den Anfängen bis zur Gegenwart (München 1967) constate, lui aussi, une certaine transformation

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