Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)
Ce n'est pas sans raison que ses premières impressions d'artiste se rattachent aux œuvres du prince dos peintres de la Renaissance, à cet artiste qui fut l'idéal, le modèle le plus vénéré de l'art hongrois classicisant. Que Csontváry trouve froid et étranger l'univers de ce grand peintre, cela s'explique en partie par l'esprit de son époque, mais signifie en même temps que ce jeune homme provincial à l'âme ouverte, d'un intellectualisme exquis, artiste très sensible, préfère découvrir lui-même son monde. Recommencer, faire du neuf, dire ce qui n'a pas encore été dit, s'approcher de l'essence de ce monde par d'autres chemins que l'ont fait même les plus grands de l'art, voilà les aspirations de Csontváry. Les notes qu'il prendra plus tard affirmeront qu'il avait vu et connu les plus grands artistes du passé dans les grands musées du monde 22 sans vouloir les suivre, ni les continuer comme l'a fait Cézanne solidement attaché à la peinture européenne qu'il a su pourtant renouveler en alliant à la tradition des conquêtes nouvelles. Pourquoi est-ce justement le nom de Raphaël que Csontváry croit avoir entendu ? Lorsque, à l'exemple de beaucoup de peintres hongrois, il part lui aussi pour Munich avec l'intention d'y apprendre à peindre, il doit constater à son arrivée que les connaissances qu'il pourra acquérir à l'Académie, ont leurs origines dans l'art de Raphaël. Il essaie d'acquérir ces connaissances. Non pas d'une manière aussi personnelle et subtile comme l'a fait Rousseau, en simplifiant et en modifiant à son gré ce qu'il y a vu, mais dans le respect de la tradition jusqu'à ce qu'il ait parfaitement acquis la technique de la figure et du portrait académiques. Pourtant, quand il aura à choisir, il ne choisira pas cette voie. Après qu'il aura exécuté quelques études au crayon et quelques peintures, il rompra définitivement avec cette tradition académique. De plus, déjà dans ses premiers essais, on trouvera certaines déformations et quelques problèmes qui font prévoir le chemin qu'il suivra. L'autoportrait peint dans les années 18903 en est un bon exemple. La composition, la pose du visage et des mains suivent la tradition, mais l'agrandissement anormal des globes oculaires qui prête aux yeux un regard de visionnaire nous fait penser au même égocentrisme, reflète la même plénitude indissoluble de l'âme que la composition centrée sur le sujet et la symétrie enfantine prêtent à l'autoportrait du douanier Rousseau. Ce regard singulier nous aide encore à deviner que les déformations du tableau ne sont pas le résultat d'une exagération voulue, comme cela est manifeste dans les œuvres des précurseurs de l'expressionisme. Ce ne sont pas des considérations théoriques qui ont poussé Csontváry à s'engager dans cette voie ; la direction qu'il s'est donnée est en rapport avec une nécessité intérieure et aussi avec un mode particulier d'exploiter ses énergies. Sur ses tableaux peints après 1900, on remarquera un progrès très sensible dans cette voie. Csontváry devient de plus en plus convaincu qu'il pourra rivaliser avec Raphaël aussi par le recours à des moyens « tout à fait irréguliers », en se composant par la transformation de ses impressions visuelles un univers souverain dont la construction sera déterminée par les groupes simples et primitifs du rythme et les proportions et les formes varieront librement. Dans les œuvres de l'artiste naïf, l'expérience tend, en franchissant tous les obstacles, à trouver son expression dans la plénitude et la perfection de l'art. Csontváry, en choisissant la découverte, a choisi le chemin de la première personne du singulier. C'est sous ce rapport que l'art de Csontváry, beaucoup plus complexe que l'art naïf, rejoint pourtant cet art. Les éléments naïfs qu'on trouve dans l'art de Csontváry ont leur explication dans la phase et l'époque ds la découverte de l'art naïf. Les débuts et le développement de Csontváry, l'apogée de son art n'auraient pu avoir lieu ni plus tôt ni plus tard que le tournant du siècle où ils se sont produits et ils sont inséparables de la situation sociale et artistique qui a fait passer au premier plan les artistes naïfs aussi. Nous pouvons bien illustrer l'époque de l'adaptation en Hongrie par les œuvres d'un seul artiste;, Ede Bohacsek, originaire de Karánsebes. Au cours de sa carrière très courte, ce peintre a enrichi d'oeuvres remarquables la peinture et le dessin hongrois. Né à Karánsebes en 1889, il est mort à Budapest en 1915. Son père était sculpteur et il voulait que son fils soit devenu également sculpteur. Bohacsek apprenait donc à sculpter, de 1906 à 1907, à l'Ecole d'art décoratif, mais avec peu d'enthousiasme. En f910, il a peint son premier tableau et s'est consacré entièrement à la peinture et au dessin. Il était témoin des efforts de plus en plus résolus des peintres de l'avant-garde en vue de s'organiser en groupes progressistes, il a fait siens leurs problèmes sans se solidariser pleinement avec eux. Ses expériences n'ont pas un caractère intellectuel, la composition de ses œuvres faite d'éléments qui s'ajoutent, ne peut pas être ramenée à une analyse consciente des formes, elle est le résultat d'une vision simple, intime, enfantine. A partir de 1911, il séjourne souvent à Podvilk et subit le charme des peintures sur verre populaires ; son penchant à la décoration s'en trouve renforcé. Ses paysages de Törökbálint, peintures et dessins, montrent qu'il garde des rapports sensuels, vivants avec la réalité organique et sait communiquer un sentiment de plénitude même par ses tableaux réduits à des éléments très simples. Poitrinaire, aide d'un concierge qui s'enferme et vit dans un monde magique fait de contes et de mythes, il arrive plus vite et aussi plus facilement à un univers visuel réduit à ses éléments les plus simples et les plus essentiels que les professionnels de l'analyse des formes. C'est pour cela que son art présente des affinités avec l'art de ces derniers qui trouvent dans son langage pictural d'une extrême