Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)

Les artistes ceux qui au tournant du siècle, luttaient avec une vigueur toute particulière et ont fait, une ré­volution pour que l'époque nouvelle ait son art, un art nouveau, ont admis Rousseau parmi eux, et cette recon­naissance s'ajoutant à un don très original fait que Rousseau est rangé encore aujourd'hui, avec tous ses problèmes et tous ses moyens, parmi les artistes de l'avant­garde qui se sont manifestés après l'impressionnisme. Pourquoi avait-on besoin de Rousseau et, en général, d'un langage pictural plus simple, élémentaire, justement au tournant du siècle, à l'époque que nous appelons, au point de vue de l'art naïf, l'époque de la découverte ? Il est généralement connu que des considérations d'ordre logique permettent de tracer, dans l'histoire de l'art euro­péen, la ligne représentant l'évolution du style, de Raphaël à Cézanne. Cézanne exploite sciemment, comme ses inter­prètes l'ont montré 10 , toute la tradition de la peinture européenne, Raphaël, Poussin, Ingres aussi bien que Titien, Rubens et Delacroix. 11 renouvelle leur héritage par les conquêtes de l'impressionnisme et, par la synthèse d'un passé brillant et de ce qu'il a de très personnel, son art deviendra le point de départ de plusieurs tendances qui s'épanouiront à l'époque suivante. En somme, l'art de Cézanne est un art synthétique et précurseur, il n'est point un art d'avant-garde dont les fréquents retours aux pro­blèmes de détails pourraient hâter l'évolution de la pein­ture. Un épisode intéressant de sa vie montre qu'il aurait pu choisir lui aussi la voie de l'épanouissement de sa per­sonnalité, le chemin de la redécouverte individuelle qui conduit à l'art naïf. Quatre panneaux de grande dimension datant de sa jeunesse et représentant allégoriquement les quatre saisons, signées « Ingres » par Cézanne lui-même en des caractères énormes, appuient cette hypothèse 11 . Ils pourraient bien figurer parmi les tableaux de n'importe quelle exposition d'art naïf. Us trahissent non seulement les hésitations d'un artiste à ses débuts, mais aussi la force élémentaire de son désir de s'exprimer et son don de par­venir, tous les obstacles franchis, à la plénitude dans l'art. Ces œuvres, créations des années de l'ardeur irrésistible, sont précieuses par leurs qualités, mais ont peu d'impor­tance pour lévolution ultérieure de Cézanne. L'élément le plus naïf de ces compositions, la signature énorme du nom d'Ingres révèle les aspirations de l'artiste. Cézanne a non seulement pris Ingres pour son modèle, mais Ingres signifie pour lui l'univers où il désire entrer, un univers qu'il croit éternel et qu'il appelle l'art des musées et que nous pourrions appeler l'univers du grand art européen. Rousseau débute presque vingt ans après lui. L'époque où il vit, l'âge qu'il a le séparent de Cézanne, mais leur situation sociale n'est pas trop différente. Rousseau a déjà dépassé la quarantaine quand il se décide à devenir peintre. Son monde à lui est déjà fait, il a déjà des con­naissances et son caractère est déjà formé. Son entourage ne lui demande pas de changer, de transformer tout cela ; au contraire, il veut qu'il l'exprime de son mieux. L'effervescence provoquée par l'impressionisme dans la société de l'époque augmente, d'une façon ou de l'autre, le crédit des artistes qui emploient des procédés spontanés. Tous les moyens et toutes les techniques de l'art européen de la grande tradition paraissent suspects et dépassés. Après avoir rompu avec les conventions, les artistes cher­chent ardemment du nouveau. Et le nouveau signifie aussi pour eux 'primitif'et il le recherchent sous toutes ses formes. Gauguin détourne les artistes des chevaux du Parthenon ; il les envoie; chercher des impressions dans le spectacle des chevaux de bois des enfants. Les organisateurs du Salon des Indépendants admettent en 1886, après une seule exposition, Henri Rousseau parmi les exposants permanents. Rousseau travaille durement depuis deux ans avec l'ambition de devenir peintre. En 1884, il a obtenu de la direction du Louvre la permission de copier les œuvres exposées. U fréquente maintenant les musées, étudie l'art des musées, mais il l'affronte; autre­ment que le jeune Cézanne, d'une autre manière que la plupart de ses prédécesseurs. En copiant (surtout des Raphaël et des LTccello), il acquiert quelques techniques de la composition, mais il les simplifie à l'infini les appro­priant à sa nature. Il essaie d'attraper les secrets des grands maîtres, mais il veut rester toujours lui-même, Henri Rousseau, le peintre qui n'aura eu qu'un seul maître, la nature, comme il le dira dans son autobiographie 12 et qui apparaîtra, au centre de son autoportrait célèbre 13 , plein de dignité et d'assurance;, se; dressant au vent vers le 86. Ede Bohacsek : Paysage Bohacsek Ede (1889—1915): Táj

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