Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)

Kohán que procède la logique de .ses tableaux qui lui fait reprendre ses thèmes principaux pour l'exploitation de plus en plus parfaite du noyau de ses pensées. C'est également cette attitude qui fait comprendre que l'artiste a toujours pu trouver dans l'idée exprimée par l'œuvre l'expression unique; ejui lui convenait. Les choses vues et vécues par Kohán subissent une transfiguration et une transposition singulières avant que le peintre saisisse le pinceau et donne; une' interprétation définitive de ses impres­sions en les résumant par la synthèse de leur substance et de leurs aspects. Cette interprétation enne;ise; et ferme n'est pas le résultat d'une concentration esthétique gratuite ; elle se développe sous l'action de passions violentes ; après, ce processus ele' maturation est reconstruit par une; main qui a la pratique du métier, il est contrôlé par une intelli­gence éduquée e>t par un eeil exercé. La dynamisme intérieur des formes massives, solides, le coloris ardent et la tension de la construction tiennent aux idée's e'xprimées par les tableaux parce que' le>s tra­gédies dé jà accomplies renaissent e't se' déroulent à nouveau dans l'imagination du peintre' e|ui ne- raconte pas e>n elétails les événements dont il e\st devenu le' témoin imaginaire, mais il suit lemr développement, leurs cours et l'interrompt au point culminant, avant le dénoûment : le drame en évolution s'arrête aussi brusquement qu'un couteau lancé contre le plancher plonge' dans le bois tandis que sa lame encore' frémissante accuse' la violence du choc. Cette impression se; dégage aussi d'un tableau, Le man­teau (Fig. 115.) peint sans aucune intention de faire un récit anecdotique. Il ne> rappelle pas les adieux touchants de l'air au manteau dans la Bohème, il n'est pas une élégie non plus sur un objet familier. Dans une construction de formes angulaires aux couleurs ardentes ce manteau pourrait apporter une note douce, chaude, celle d'un être vivant. Ala vérité, il offre l'aspect d'un être vivant, mais d'un être qu'on aurait jeté là d'un mouvement brusque, un être sombre, solitaire, qui, malgré sa personnalité, ne' donne que les apparences de la chaleur. Qu'il est déjà lointain cet ancien tableaux de; Kohán sur lequel un immense; rideau noir tombe mollement derrière une coquille* blanche; comme la neige ! Le Manteau est un de ces tableaux qui montrent par l'importance croissante du sujet et par le style de; plus en plus limpide comment le peintre; se elé battait, dans ses dernières années, entre les choses avec lesquelles il devait en finir et celles dont il ne pouvait pas avoir raison, entre les vérités qu'il aurait le temps d'énoncer et les autres qui seraient à jamais enfouies dans son cœur. La Nature morte aux héliotropes (Fig. 116) dont nous avons une première conception bien équilibrée et très dynamique aussi réapparaît maintenant sous une autre forme : vue obliquement d'en bas et d'e*n haut en même' temps, elle fait l'impression d'un objet qui va tomber. Ce serait employer un terme technique bien vague que de dire que* sur les tableaux execute's à cette époque, <e les formes s'entrecoupent >) quand, en réalité, elles se* font la guerre ave*c une logique pareille* à celle des mots dont Kohán se servait pour saisir le> vrai et le faible de l'homme". Fn même temps qu'il continuait d'employer la technique plus plastique et plus souple' ele; ses tableaux, Kohán étudiait e't utilisait la construction géométrique aussi, mais en recourant à elle il poursuivait d'autres objectifs, il s'ex­primait en d'autres genre's ; il la réservait à ses mosaïques, à ses vitraux et à ses peintures murales. La plupart de se;s œuvres, y compris les tableaux, ont de* grandes dimen­sions ; celles qui on des formats réduits, n'en sont pas moins monumentales : ayant le même* caractère que les peintures murales, elles ne souffrent pas l'encadrement. (Notons que; l'artiste s'est opposé, le>rs ele* son e*xposition, à ce que ses œuvres fussent encadrées ; il voulait qu'elles s'intégrassent à la surface murale* selon leur fonction.) Les grandes dimensions. le>s sujets pouvant intéresser la e*e>m­munauté mais ne* convenant pas à l'intimité d'un intérieur familial empêchaient la vente des tableaux. Mais l'artiste* s'en souciait pe*u. Vivant ele* privations, il peignait ses œuvres sous le* coup eles bouleversements de son âme* : environ 1 500 peintures e-t plusie-urs milliers d'œuvres graphiques dans l'espace ele trente ans si l'on tient compte des créatie>ns détruites eut perdue's. Un tableau sur trois panneaux dans le style* de*s tryp­tie|iie*s, Ivrocatio, est une' profession de foi saisissante. Le panneau du milieu présente un intérieur d'atelier très simple, assez morne; : au-dessus d'un socle mis au milieu flotte une main gigante*se|iie>, verdâtre, aux doigts crispés, implorant merci et memacant. C'est ainsi qu'on invoque le*s dieux et cette main symboliserait la peinture, seule raison d'être de' Kohán, le's souffrances epii e*n ont résulté pour lui, l'impétuosité de sem caractère*, son cri de; « Sé­same ouvre-toi » poussé dans la douleur. Dans les dernières années de sa vie de labeur acharné, Kohán reprend ses trois sujets principaux : la terre, la femme et la mort. Dans les œuvres ele* e*e*s années il règne tin grand sile;nce éloquent qui n'est pas celui de la résigna­tion. Le peintre; perpétue ses souvemirs par ses tableaux. La tête haute', le visage sérieux, la taille svelte, des jeunes filles viennent des champs et se dressent soudainement devant nous. Les pas menus d'Eurydice imposent leur rythme à l'allure majestueuse d'une paysanne qui conduit une vache'. Le* profil de la femme des rêves se dessine sur un des tableaux comme celui d'une; statue oubliée dans le désert : femme mystérieuse aux cheveux et aux épaules recouverts d'un voile, elle* garde le silence sur ses pensées et ses sentiments qui fuient dans le lointain. Au-dessus de sa tête des oies sauvages passent. La femme au paon, femme parée de toutes les beautés de la nature avec la lune en croissant, son symbole qui brille* pour elle, est le dernier hommage princier de l'artiste au beau sexe, aux chimères de son imagination qui seules aient pu charmer ses peines.

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