Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)
104. György Kohán (1910-1966) : Jeune fille. 1955 Kohán György (1910—1966): Lány. 1955 m'anime et c'est elle qui me fait travailler » — nous disait-il sur un ton détaché, très caractéristique de lui. Cette manière de dépasser les problèmes personnels est devenue, au cours des années, sa manière de créer. Il nous semble que son attitude et ses opinions reflétées par ses œuvres l'ont emporté dès le début sur les événements de sa vie. Rébelle par sa nature, il rompait toujours et radicalement tout lien, fuyait toute situation entravant sa liberté d'action, paralysant son jugement : ses violences irrévocables et leurs conséquences faisaient naître dans son âme une sorte de nostalgie profonde et douloureuse du bien et du mal qui constitue le fond de presque tous ses tableaux. ha blessure que l'on se fait en s'arrachant de son pays et qu'on ne cesse pas d'approfondir par des retours joue dans l'histoire de la musique, de la littérature et de l'art hongrois le ré)le d'un facteur moral important par les sentiments qu'elle éveille et qu'elle nourrit : nostalgie, regret mélancolique de ce; qu'on a abandonné, révocation de ce qui n'est plus. Dans l'art universel comme dans l'art national un grand nombre de chefs-d'œuvre prouvent que cette nostalgie de la nature, de l'ambiance des villages et des petites villes était toujours forte et continue de l'être. Chez nous la différence entre les villes et les villages est, surtout dans la Grandi; Plaine Hongroise, plus marquée qu'à d'Occident ou au Nord de l'Europe. Ainsi, l'artiste venu de la Plaine et arrivé au sommet de son art d'où il pourra s'adresser à l'Europe parlant un langage que cette communauté culturelle comprendra et reconnaîtra pour le sien, ne manquera pas de donner à son « message; » d'étranges accents primitifs, presque barbares qui dénonceront le caractère et l'origine de ses expériences et de ses visions. Ce fait est maintes fois prouvé dans le folklore hongrois, dans la musique, dans la poésie et aussi dans la peinture par des œuvres particulièrement expressives, condensées, d'un niveau artistique élevé révélant un penchant à la synthèse dans la forme comme dans le contenu. En analysant l'art de Kohán nous devons tenir compte; de ses origines, de ses attaches avec son pays natal, des impulsions auxquelles il cédait dans sa création. De; pays où il a passé son enfance était celui des hameaux : petites maisons en torchis dispersées dans la plaine, cachées, en été, à l'ombre de quelques arbres chétifs et isolées, en hiver, les unes des autres par un champ de; neige interminable ; des hommes avares de paroles, vie dure, corvée, misère. Tout cela, la sagesse populaire transformait ele; temps en temps en un univers de conte;s auquel l'humour n'était pas étranger. Cependant, les jours de fête tout ce pays morne s'animait. Les jeunes donnaient libre cours à leur joie, à leur imagination. Le souvenir des Pâques dans les villages joint à celui du printemps, l'odeur des bourgeons, le bruit sec des vêtements empesés, le cole>ris gai et l'expression d'un sérieux naïf des poupées de bois qu'on vendait aux foires sont à jamais restés gravés dans la mémoire du peintre et ont fini par renaître à une vie nouvelle dans ses œuvres. A l'origine de son tableau Jeune fille (Fig. 104.) nous