Korner Éva - Gellért Andor szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Közleményei 5. szám (Budapest, 1965)

Nature morte aux outils, 1932. [Fig. 65, 48, 4, 66, 67.]). L'intérieur comme genre indépendant fait fortune 1 " à certaines époques de l'urbanisation, p. ex. dans la peinture hollandaise, ou à la fin du 19 e siècle dans les oeuvres des «nabis», ou chez nous (en Hongrie) dans celles de József Rippl Rónai, István Csók ou István Réti. Dans ces cas, les intérieurs s'inspirent du principe «My house is my castle», et proclament l'absoluité de l'individu et de son entourage immédiat. Ces intérieurs doivent leur existence aux illusions que se donnait la bourgeoisie de la famille et du foyer offrant une protection absolue, et conformément à cette conception, l'intérieur présente le plus souvent une ou plusieurs figures humaines, de façon qu'il ne soit pas subordonné à la figure, mais reçoive le même accent, ou même qu'il soit placé au­dessus de celle-là. 11 Le genre des années 1930 que nous venons de mentionner a un tout autre caractère. Dans ces intérieurs il n'y a que très rarement des figures, leur coupure est étroite, ordinairement quelque élément de nature morte y domine, et derrière la nature morte à travers la fenêtre fermée ou ouverte, on aperçoit la nature. Son interprétation s'offre facilement: autour des années 1930, l'histoire se met à faire exploser les bastions des illusions bourgeoises, et les événements du monde exté­67. Eueln; A. Fenyő (1!)04): Nature morte aux outils. 1932. Fenyő A. Endre (sz. 1904): Csendélet szerszámokkal. 1932 rieur pénètrent de plus en plus brutalement dans la forte­resse close de l'individu. Nous retrouvons des phénomènes semblables dans l'art étranger, 1- où ils se manifestent sporadiquement, et d'une manière beaucoup plus directe que clans la conception mesurée et sobre du genre dans la pointure hongroise. Ce prototype particulier du genre subit des modifications aux mains de tel ou tel artiste, selon les rapports de celui-ci avec les événements et la classe sociale à laquelle il appar­tient. Dans le tableau «Le Matin» d'Aurél Bernáth, l'ar­tiste se réfugie dans l'illusion que lui donne le spectacle richement coloré de la nature, bien que le fil de fer noir qui s'enroule sur la table de l'intérieur, suggère des mouvements d'âme redoutables. Dans le tableau «Le Voyageur» d'István Dési Huber, l'âme méditative du rêveur scrute le lointain avec les yeux d'un compagnon ambulant dont la statuette posée sur la table de l'intérieur semble se dresser au-dessus de la route infinie qu'on voit par la fenêtre ouverte. Par la fenêtre de la nature morte au masque d'Ady d'Imre Amos, (L'hiver —Tél) le froid glacial du dehors pénètre dans la piè­ce. Chez Derkovits, le froid de la nature est encore accentué par les symboles de l'oppression, par la vue des baïonnettes de gendarmes paraissant derrière la fenêtre, et par la misérable nature morte au pain soc, mise en contraste. La nature morte de Paizs Goebel est un monde merveilleux, création de l'imagination artistique, qui ménage un refuge au peintre, bien que celui-ci sache que le sol bouge sous ses pieds. Relations européennes: De quels mouvements picturaux européens peut-on rapprocher la Naturo morte de Paizs Goebel ? Directement elle ne se lie à aucune tendance du 20 e siècle, mais il y en a plusieurs qui la nuancent sans troubler son unité. L'intimité du contenu, la richesse de détails, Pélocution facile, le recueillement, la mise en harmonie de la naturo et cle la vision, voilà ce qui le relie à l'art des naïfs, sans qu'il le soit, puisque c'est un artiste bien formé et comme nous venons do le dire, il est facile de démontrer qu'il connaissait plusieurs tendances européennes. L'identifica­tion accentuée du peintre avec les éléments visuels, son effort d'expression l'apparentont aussi à l'expressionnisme, son mode fie construction n'e.st pas étranger à celui de la peinture italienne du novocento, tandis que ses couleurs vives et très intenses nous font penser à la technique des sauvages et à celle des naïfs. Toutes ces expériences visuel­les que Paizs Goebel doit à la connaissance de l'art euro­péen se sont déposées quelque part dans sa subconscience, et n'apparaissent dans son tableau très original que comme l'influence de «l'esprit de l'époque.» Lenke Haulisch IQ

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