dr. D. Fehér Zsuzsa - N. Újvári Magda szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Közleményei 4. szám (Budapest, 1963)
couleurs, les Brodeuses, paraissent aussi dans un intérieur. Les rapports existant entre ce dessin et un tableau de Munkácsy, La brodeuse (1888), 13 ont été déjà relevés dans une étude consacrée à l'art de József Rippl-Rónai. 11 Les «salons » de Munkácsy peints en 1887—90 présentent déjà des signes de décadence comparés à son merveilleux Atelier (peint en 1876) et à son Embrasure de la fenêtre datée de 1877 et comptant parmi les meilleurs tableaux de Munkácsy conservés à la Galerie Nationale Hongroise, mais ils n'en continuent pas moins de réapparaître sur ses toiles en raison de la faveur dont ils jouissaient auprès du public. Dans l'atelier de Munkácsy Rippl-Rónai a pu en connaître assez pour en être lui-même influencé. Et malgré des différences de caractère et de style, cette influence n'a pas été seulement superficielle. Nous en sommes convaincue non pas par la composition Une partie de Bézigue, mais par les Brodeuses, tableau montrant malgré la différence de style très marquée, une grande identité dans la composition et dans les proportions accordées aux figures, à l'espace intérieur et aux objets. I De 1890 jusqu'à 1902, date de son retour en Hongrie, Rippl-Rónai eut des rapports étroits avec les peintres français du mouvement Nabis. Des critiques d'art étrangers et hongrois ont suffisamment éclairci cette période de notre artiste, son amitié avec les peintres français et les impulsions qu'il avait pu recevoir d'eux. Ces rapports nous intéressent aussi, mais seulement dans la mesure où ils pouvaient influencer l'art de l'intérieur de Rippl-Rónai. Un des meilleurs représentants du mouvement Nabis, Vuillard dont Rippl-Rónai a fait en 1897 un portrait remarquable, est le peintre d'intérieur par excellence. En parlant des rapports existant entre les intérieurs de Vuillard et ceux de Rippl-Rónai, Elek Petrovics, le grand critique d'art hongrois émet l'opinion suivante: «Ce qui rapproche les deux artistes, se réduit à peu près au simple fait que tous les deux ont représenté le foyer et ses habitants non pas avec une objectivité sèche, mais d'une manière intime et familière. 15 Après, Petrovics démontre avec justesse les différences manifestes dans l'art de l'intérieur de chacun d'eux. 16 Comment pouvons-nous expliquer le fait qu'en parlant des intérieurs de RipplRónai, on continue toujours de rappeler ceux de Vuillard '! Ce qui rapproche les deux artistes, ce qu'ils ont en commun, c'est le sentiment de forte intimité, la chaleur de l'ambiance de famille se dégageant de leurs tableaux. C'est ce qui nous saisit tout de suite dans leurs oeuvres nous empêchant aussi de discerner les grandes différences des moyens par lesquels ils arrivent, chacun de son côté, à produire le même effet. Ils comprennent l'intérieur de la même façon, ils se font la même idée du but et des possibilités de ce genre de peinture. Cela veut dire qu'en se mettant à peindre des intérieurs, ils partent d'un même sentiment, d'une même inspiration et non pas d'une tendance de style identique. Or, cette conception de l'intérieur ne s'apprend pas, elle n'est pas l'effet d'une influence, car en parlant d'influence, nous pensons tout de suite au métier, à des connaissances techniques, et dans ce domaine, nos deux artistes sont préoccupés par des problèmes bien différents, comme nous venons de l'exposer. Et cette disposition psychologique identique, comment se manifeste-t-elle chez les deux artistes? Dans l'attachement au foyer, à la famille qui se manifeste toujours fort dans leurs intérieurs. Comme Vuillard met en scène le plus souvent ses parents les plus proches, sa mère, sa grand'mère, sa soeur, son beau-frère et ses tantes, 17 Rippl-Rónai lui aussi anime ses intérieurs par la 43. József Rippl-Rónai (1861—1927): Ma mère chérie est malade. 1905. 43. Rippl-Rónai József (1861— 192V): Édes jó anyám betegen. 1905.