Csapodi Csaba: Beatrix királyné könyvtára (A MTAK kiadványai 41. Budapest, 1964)

25 roi. Nous avons donc à élucider le problème si la reine BÉATRICE venue de la cour napoli­taine, célèbre par sa culture des livres, possédait ou non une collection spéciale à elle. Pour résoudre ce problème, il se révèle nécessaire de nous occuper des armoiries qui se trouvent peintes dans chaque manuscrit. De ce point de vue, il faut distinguer deux groupes de manuscrits. Les uns ne comprennent que les armoiries du roi MATHIAS , tan­dis que sur la première page richement enluminée des autres, l'on distingue aussi les armoi­ries de la maison aragonaise. Nous en connaissons sept où les armoiries de MATHIAS CORVIN et celles de la maison aragonaise se trouvent unifiées dans un même blason. Il y en a d'autres, assez nombreux, dans lesquels les armoiries des deux familles sont encastrées dans deux blasons distincts. Toujours est-il que ces derniers, à l'opposition des premiers, contiennent les armoiries de deux maisons régeantes. Ce fait nous pousse à poser la question: la façon d'appliquer les armoiries a-t-elle revêti une signification spéciale, ou avait-elle une portée juridique? Vis-à-vis de cette question, les chercheurs en codicologie sont jusqu'à présent restés assez indifférents. Il ne faut pourtant pas oublier qu'à cette époque, l'époque de la science — vivante encore — du blason, celui-ci exprimait aussi un symbole recelant les droits de son porteur. Il ne dépendait donc pas de l'enlumineur des manuscrits de pein­dre dans un blason — ou dans deux blasons —- les armoiries de deux familles, ou de n'y mettre que celui d'une seule, de celle du roi. Certes, l'application des armoiries n'était pas réglée par des lois; les us et coutumes seuls en firent fonction, et il est aussi vrai que les enlumineurs mêmes ne possédaient aucune formation en droit. L'héraldique nous enseigne que le mari ne se servait jamais du blason de sa femme ce qui était pourtant le cas inversément. Il en fut de même à la cour hongroise aussi en ce qui concerne l'emploi du sceau aux armoiries des reines. Ainsi, sur les chartes émises par la reine BÉATRICE et por­tant son sceau, l'on voit toujours le blason aux armoiries unifiées hungaro-aragonaises, tandis que le sceau de MATHIAS ne comprenait jamais les armoiries de sa femme. Il s'ensuit que les manuscrits aux armoiries unifiées ne pouvaient être préparés que pour la reine BÉATRICE et non pour le roi MATHIAS . Néanmoins, en tant qu'ornement, décor en marge des pages, les manuscrits «Corvina» authentiques contiennent les armoiries de BÉATRICE aussi, apposées toujours sur un blason à part, en même temps que l'espace réservé à l'emblème du possesseur en bas de la première page porte les armoiries de Mathias. Le fait même que Ton avait fait copier des manuscrits contenant non seulement les armoiries du roi MATHIAS , mais aussi celles de sa femme, prouve que ces derniers ne passère nt pas dans la collection de la bibliothèque royale. Il s'offre encore un autre argument pour appuyer notre hypothèse: Parmi les manuscrits aux armoiries du roi il se trouve plusieurs avec les portraits de MATHIAS et de BÉATRICE, tandis que dans ceux aux armoiries de la reine, s'il y a un portrait, ce ne peut être que celui de BÉATRICE, et jamais de MATHIAS . Les deux manuscrits AGATHIAS en font preuve: l'un avec les ar­moiries et le portrait fictif du roi MATHIAS , l'autre avec les armoiries et le portrait de BÉATRICE. Un autre argument non moins probant est fourni par le fait — qui ne doit pas être imputé au hasard — que parmi les manuscrits «Corvina» dont s'emparèrent au cours des premières décennies du XVI' siècle les humanistes occidentaux, il ne se trouve pas un seul qui serait illustré avec les armoiries de la reine. C'est que BÉATRICE et sa bibliothèque n'étaient plus là lorsque les livres de la bibliothèque «Corvina» furent transportés: lors de son retour dans sa patrie, la reine BÉATRICE avait emporté avec soi les manuscrits appartenant à elle. C'est pourquoi aussi n'avons-nous pas trouvé parmi les manuscrits «Corvina» transportés en 1526 à Constantinople et retournés à la fin du XIX' siècle à Budapest aucun exemplaire aux armoiries de BÉATRICE. Nous avons des données sur 25 livres qui ont dû appartenir à la bibliothèque de la reine BÉATRICE. Ces connaissances nous permettent de nous faire une idée sur l'ensemble de cette bibliothèque, la bibliothèque d'une reine hongroise à l'époque de la Renaissance. Le nombre de volumes que contenait cette bibliothèque nous est inconnu, mais il est probable qu'il ne demeura pas en reste des collections des autres reines de ce temps (ÉLÉONORE D'ARAGONIE, CHARLOTTE DE SAVOIE) et compta environ 50—100 volumes. Ajoutons encore que, tandisque les collections des deux reines mentionnées не composai­ent de livres de spiritualité et de divertissement, dans celle de BÉATRICE c'étaient les livres traitant d'astronomie, de musique, d'histoire, de patristique et de littérature qui prédominaient. L'hypothèse qu'il exista dans la cour hongroise une collection spéciale pour la reine correspond parfaitement à l'idée que nous avons pu nous faire sur la personnalité de BÉATRICE. On ne doit pourtant pas en conclure que la reine a joué un rôle décisif dans l'établissement de la bibliothèque «Corvina». Il est hors de doute que les humanistes italiens ne venaient à Buda dans la cour du roi MATHIAS qu'après son mariage avec BÉA-

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