Leo Santifaller: Ergänzungsband 2/2. Festschrift zur Feier des 200 jährigen Bestandes des HHStA 2 Bände (1951)
VII. Allgemeine und österreichische Geschichte. - 74. Jean-Charles Biaudet (Lausanne): Le Canton de Vaud et les Bourbons en 1815. La mission de Jean-Samuel de Loys á Paris
450 Biaudet, Lors mérne qu’on aurait pu erőire, l’année demiére, que d’anciens souvenirs chez les Bourbons laissaient les seuls Bemois empreints dans leur mémoire comme devant étre possesseurs du Canton de Vaud, il est aisé de se représenter qu’aujourd’hui notre nouvelle position, qu’ils regardent comme bien consacrée, leur donne de nouveaux intéréts, qui doivent diriger leur conduite á notre égard. II m’a été facile de faire connaitre la force actuellement relative de notre canton avec célúi de notre ancienne métropole, laquelle a perdu de plus le Canton d’Argovie avec lequel nous sommes unis par des intéréts pareils. II était aisé de développer les intéréts de tous genres que nous devons inspirer á la France, autant et plus qu’aucun de nos confédérés. Je crois avoir réussi 4 cette preuve, trés honorés Messieurs, sans qu’il se sóit ági d’autres équivalents qu’une réciprocité noble et indépendante des égards et des bons procédés que se doivent deux gouvemements voisins; d’oű il suit que, dans ce pays-ci, toutes démonstrations contraires 4 cette régle de conduite blessent selon leur íntensité les chefs actuel de la nation frangaise. Et si nous avons réellement un grand intérét 4 l’éviter, il faut se peindre bien les circonstances dans lesquelles nous avons vécu longtemps, il faut se rappeler les preventions élevées contre nous, Taction permanente de nos antagonistes naturels, des auxiliaires qu’ils se sont donnés dans l’étranger et leur Constance ä envenimer ou 4 dénaturer les faits. Si, dans leur exagération, les personnes qui, dans notre canton, nous desservent par des actes inconsidérés savaient 4 quel point elles entrent dans le sens de nos ennemis, quels plaisirs elles leur envoient, quelles jouissances elles leur procurent et quelles armes elles leur fournissent, plus soigneuses des intéréts de leur patrie, elles revétiraient bientót cette mesure, cet esprit de modération, d’union et de confraternité, si nécessaire ä notre conservation et 4 notre bonheur intérieur. Le calme leur est utile et toute effervescence peut leur nuire. Car il faut se rappeler qu’4 Paris a été transporté, depuis deux ans, le centre de la politique de l’Europe; que tous les pays, grands et petits, y ont été analysés; que les ministres de toutes les puissances vivent journellement et familiérement entre eux, ainsi qu’avec ceux de la France; qu’ils ont des habitudes dans toutes les sociétés de la capitale, qu’ils y sont abordables 4 toutes les nouvelles, 4 tous les détails, et que tout ce qui touche la politique du jour páráit leur importer. Done, quelque petits que nous soyons, nos moindres actions grandissent sur ce théátre politique, et on les applique sur la mérne mesure qui juge les grands Etats. Je n’en conclus pas, néanmoins, trés honorés Messieurs, que nous ne pouvons pas échapper aux effets de la malveillance. Je dis aux effets. J’ai la conviction du contraire et, malgró les reproches qui nous étaient adressés, j’en ai pour garant le total de la position oú le canton se trouvait il y a quinze jours 4 Paris. La chanson elle-méme et les reproches qu’on faisait 4 l’arrété qui la concerne x), n’ont point empéchó la famille royale de faire classer dans l’arrióré et de paralyser l’effet du pamphlet de M. Muller * 2), sóit que M. le dúc d’Aumont n’eűt pas mis ce jour-14 sous les yeux de Monsieur les piéces qui le blessaient si fort, sóit plutöt que Monsieur voulűt, avant toute autre consideration, faire droit 4 une juste reclamation. C’est ce que mon départ ne m’a pas permis d’éclaircir. Je me résumé, trés honorés Messieurs, et j’ajoute que, de l’ensemble de tout ce qui m’a été dit, de tout ce que j’ai pu saisir, il m’est resté fortement empreint que le Conseil d’Etat pouvait facilement et dignement entretenir avec le gouvernement actuel de la France les relations amicales, avantageuses et économiques que notre politique, notre voisinageet nos intéréts reclament fortement. Le gouvernement fran9ais connait assez l’effet tumultueux des passions pour s’indisposer irrévocable- ment des effervescences passagéres qui ont pu avoir lieu, l’année derniére, dans notre canton. C’est le renouvehement sans repression d’offenses manifestes qui lui laisserait penser enfin que l’esprit de notre canton lui est absolument contraire. Je laisse 4 la sagesse du Conseil d’Etat de juger les mesures qu’il veut prendre 4 l’effet de ne pas laisser ancrer dans le cabinet de Versailles, et par conséquent chez les ministres étrangers, la croyance que nous sommes une peuplade remuante, inquiéte et désunie, qui ne sait pás jouir sagement du bien qu’ehe a acquis. II était de mon devoir, trés honorés Messieurs, de vous faire connaitre jusqu’aux exagérations; j’ai laissé cependant en arriére celles qui vous auraient affligés sans nécessité. Le Conseil jugera 4 quel point il importé, 4 Tavenir, de ne pas se laisser précéder trop par d’autres Confédérés dans Tattachement qu’ils montrent pour le gouvernement actuel de la France, qu’ils s’efforcent encore de produire comme un contraste avec l’esprit de notre canton. *) Le 22 janvier 1816, le Conseil d’Etat avait interdit la circulation de cette chanson et offert une récompense de dix louis 4 qui indiquerait la personne qui Tavait mise en circulation. A. C. E., Registre des délibérations secretes, VIII, p. 307—309. L’affaire n’était nullement classée au moment du départ de Loys de Paris; le 19 mars 1816, de Zurich, le comte de Talleyrand adressait au landammann Pidou les plaintes formehes de son gouvernement. 2) Sur ce point, voir aussi notre article de la Reime historique vaudoise cité ci-dessus p. 448, n. 5.