Leo Santifaller: Ergänzungsband 2/2. Festschrift zur Feier des 200 jährigen Bestandes des HHStA 2 Bände (1951)
VII. Allgemeine und österreichische Geschichte. - 74. Jean-Charles Biaudet (Lausanne): Le Canton de Vaud et les Bourbons en 1815. La mission de Jean-Samuel de Loys á Paris
Le Canton de Vaud et les Bourbons en 1815. 441 Cette entretien cependant ne suffit pas ä Loys. II estime nécessaire d’agir avec le ministre des Affaires étrangéres comme il a fait avec célúi de la Police générale, et de lui adresser également un mémoire, qui reprenne jusque dans le detail tout ce qui a été exposé déja de vive-voix. II erőit que sa lecture sera, mieux qu’une conversation, en mesure d’éclairer le duc de Richelieu sur le bon esprit des habitants du Canton de Vaud et du gouvernement vaudois. Un peu emprunté pour rédiger son papier, Loys demande á Laharpe de rendre ses notes présentables. Laharpe accepte 1) et développe mérne si bien les réflexions de Loys que le mémoire que ce dernier adresse, le 30 décembre, au président du Conseil, en devient un document important: Monseigneur, Le temps ne m’ayant pas permis de profiter selon mes désirs de l’accueil indulgent et plein de bonté de Votre Excellence, j’ose la prier de me permettre d’y suppleer par les notes que j’ai l’honneur de joindre ä cette lettre. L’intérét de mon pays, qui s’associe parfaitement ici avec célúi de la France, me fait un devoir de répondre ä quelques reproches adressés au gouvernement et aux habitants de mon canton. S’ils étaient fondés, ils autoriseraient les preventions qui subsistent, tandis qu’en dómontrant combién ils sont illuso ires, la marche franche et loyale du Conseil d’Etat du Canton de Vaud offrira un contraste frappant avec la conduite que lui imputent ses adversaires. Mais avant d’aller plus loin, je dois justifier aux yeux de Votre Excellence ä quels titres j’espere passer pour impartial dans les opinions que je vais émettre. Ayant suivi le cercle de la revolution de mon pays sans accepter de places, j’ai pu juger sans passion l’esprit qu’elle a développé. Appelé seulement au mois de février dans le Conseil d’Etat eréé par la nouvelle constitution, que les Puissances ont garantie, e’est alors que j’ai connu parfaitement tous les actes du gouvernement depuis la crise fatale du mois de mars 1815 2) et vu avec quelle facilité on détruirait, au protocole de ses séances, tous les reproches qu’on lui adresse. Les sentiments de vénération pour l’auguste Maison royale sont héréditaires dans ma famille. J’ai eu moi-méme l’honneur de la servir dans le regiment du Roi-Cavalerie 3), ainsi que ma famille l’a toujours fait depuis le regne de Henri IV jusqu’á la Révolution, qui enleva ä M. de Loys d’Orzens 4) sa compagnie aux Gardes suisses et ä M. de Loys de Middes, brigadier des armées du Roi5), sa pension de retraite. Enfin, propriétaire d’une terre considérable dans le département de l’Ain, mes intéréts se confondent avec les sentiments de mon pays envers la France. Ces considerations me font espérer que Votre Excellence prendra quelque confiance de plus dans le magistrat qui vient lui fairé connaitre quels sont les véritables sentiments qui dirigent le Conseil d’Etat du Canton de Vaud et ses dispositions constantes á donner au gouvernement royal de la France des preuves de son dévouement. Ayant eu l’honneur d’entretenir de ces mémes objets M. le comte A. de Talleyrand deux jours avant son départ pour la Suisse 6), il m’exhorta á les mettre également sous les yeux de Votre Excellence, et c’est avec une entiére confiance que je viens les lui soumettre. Agréez, Monseigneur, avec les sentiments de ma reconnaissance pour l’accueil obligeant que vous avez bien voulu me faire, l’hommage de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’étre, de Votre Excellence, etc. Paris, ce 30 décembre 1815. 1) « Nullement habitué aux formes diplomatiques, j’ai prié M. de Laharpe de les (ses notes) rendre présentables. II a bien voulu y mettre aussi la main et elles sont devenues plus compactes. » Loys ä Pidou, 6 janvier 1816. A. C. E., Correspondance secrete, XI. 2) Le Conseil d’Etat nőmmé le 18 janvier 1815, et dönt Loys faisait partié, était entró en fonction le 30 janvier. La « crise de mars 1815 » est celle que provoqua le retour de Napoléon de l’Ile d’Elbe. 3) Jean-Louis de Loys de Correvon avait envoyé son fils Jean-Samuel ä quinze ans déjá, en 1776, ä l’Ecole Militaire de Colmar. Jean-Samuel de Loys fut ensuite enseigne et lieutenant dans un régiment en France et, en 1784 encore, lors de sonmariage, il est toujours «officier au service de SaMajestéTrésChrétienne». 4) Etienne-Charles de Loys d’Orzens (1749—1802) était un cousin assez éloigné de Jean-Samuel de Loys-Chandieu. 5) Etienne-Framjois-Louis de Loys de Middes (1722—1802) était le propre onele de Jean-Samuel de Loys-Chandieu. Enseigne (1742), sous-lieutenant (1744), lieutenant (1745), capitaine (1747), lieutenant- colonel (1762), colonel (1766), brigadier (1770), il avait pris sa retraite en 1771. 6) Cet entretien avait eu lieu le 20 décembre 1815 (Loys á Pidou, Paris 21 décembre 1815. A. C. E., Correspondance secréte, X). II avait porté surtout sur les capitulations militaires que la Suisse dévait signer avec la France et qu’Auguste de Talleyrand dévait négocier dés son retour en Suisse.