Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
HAJDÚ ZSUZSANNA: Le jardin dans l'oeuvre de Marie Gevers
136 Hajdú Zsuzsanna feuilles séches. II s'arrétait, et grattait doucement le sol en cherchant son trésor. II frólait les arbres et les buissons d'ou tombaient des gouttes d'eau. Quelquefois, les nuages rapides se déchiraient, et la lune regardait le jardin. Elle aussi, immobile éeoutait cliercher Guldentop. Puis le vent poussait les nuées, et la face ronde disparaissait. . . Le silence et l'obscurité rendaient mon odorát trés sensible. J'allais sans lanterne, je me guidais, comme un chien, par le nez : le hangar, ou le goudron se méláit au relent particulier et entétant des pommes de terre que l'on y conservait et qui germaient dans la poussiere ; ... » 5 Le prétexte pour la découverte de ce monde nocturne, singuliérement animé est la recherche quotidienne d'une deuxiéme figure de mystére, de celle d'un chat noir. La figure du chat et celle du fantomé sont étroitement liées : la preuve s'accuse dans la description du chat. « . . .ce chat, vagabond et braconnier, avait le diable au corps pour s'échapper au crépuscule. Et surtout en automne et en hiver quand la nuit tombe. » G La réapparition du chat permet ä Gevers de presenter de nouvelles sensations. « Je prenais le vagabond dans mes bras, je baisais sa fourrure imprégnée par la fraicheur de la nuit, je lui demandais d'oü il venait. Je le devinais ä l'odeur de son poil : la poussiere du foin, le relent suri du terreau du bois, l'arőme vert de l'herbe du verger, et, souvent, l'amer relent des ifs ou du houx. » 7 Les excursions nocturnes dans le jardin manifestent l'acquisition des sensations par Gevers-enfant, sensations qui se révélent les moyens privilégiés de la communion avec la nature, avec l'univers. Parmi les sens ce sont surtout l'ouie et l'odorat qui guident l'enfant vers la découverte du jardin nocturne. Ses sensations forment une connaissance non scolaire, non utilitaire de la nature. Dans Guldentop le jardin apparait comme un espace ä découvrir ä l'aide de nos sens. Cette vision de la nature fondée trés concrétement sur les sensations s'est formée d'abord dans le roman intitulé Madame Orpha ou la Sérénade de mai. Dans ce récit largement autobiographique la narratrice nous conte la relation adultére entre Madame Orpha, la femme du receveur et Louis, le jardinier. Pour Gevers l'histoire de deux amants sert seulement de prétexte ä évoquer une enfance heureuse au coeur du jardin. « Pour percevoir l'histoire d'Orpha et de Louis, il me faut la chercher, non directement dans le passé, mais parmi les choses d'alors, c'esta-dire dans ma vie d'enfant, au jardin de J Marie GEVERS : Guldentop. Editions Labor, Bruxelles, 1985. p. 43. 6 Op. cit. p. 41. 7 Op. cit. p. 42.