Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
SZILÁGYI ILDIKÓ: L'influence de la langue orale sur les vers libres de Jules Laforgue
L'in fluence de la langue orale sur les vers libres de Jules Laforgue 113 alliterations, assonances et rimes intérieures acquiérent un role important dans la construction des rése aux phoniques des textes. 3 1 Le recours ä la rime du mérne au mérne est un procédé usuel dans la poésie populaire. Chez Laforgue, la reprise du mérne mot en position de rime dans deux ou plusieurs vers consécutifs vise le plus souvent ä produire im effet parodique : Ah ! Que ne suis-je tömbé á tes genoux ! / Ah ! Que n'as-tu défailli á mes genoux ! (Solo de lune, v. 104—105.) L'iníluence de la langue parlée se manifeste également dans le choix des mots et des structures grammaticales. Ce qui est le plus frappant, au niveau du vocabulaire, ce n'est pas principalement le recours aux termes familiers, triviaux, mais le rapprochement dissonant des registres de langues fort différents. Les mots populaires ou argotiques 3 2 voisinent avec des expressions de niveau élévé. 3 3 Iis se rapportent souvent aux mémes entités. 3 4 Les soleils plénipotentiaires (v. 16) par exemple (terme d'origine latine et de résonance solennelle), se dégradent en un soleil fichu (v. 19). Notons encore l'emploi des termes techniques 3 5 qui désignent des inventions récentes et témoignent de cette fagon de la modernité. Le recours aux néologismes, procédé tellement fréquent dans les Complaintes disparait presque complétement, on ne repére que l'emploi adjectival du nom propre dans don quichottesques rails (I, v. 37), la 31 Un mot en appelle un autre par assonance et alliteration, comme par exemple dans le vers 31 de la piece II : Le sanglant étang, aussitőt s'étend, aussitőt s'étale. 32 Termes ou expressions familiers : fichu (I, v. 19), sur le flanc (I, v. 20), un crachat d'estarriiriet (I, v. 21), qui s'améne (I, v. 33), il en a fait de belles (I, v. 41), un furnier (I, v. 45), se retrouver nez á nez (II, v. 39), bras-dessus, bras-dessous (II, v. 43), bőire un coup (II, v. 45—46), s'endimancher (III, v. 21), le bastringue (III, v. 37), crever (VI, v. 3), ma carcasse (VII, v. 3), bel et bien (VIII, v. 14), bäcler (XII, v. 54), etc. II faut reconnaitre que l'appréciation de la familiarité d'un terme utilise il y a plus de cent ans rend difficile le repérage. 33 - f t Emplois recherchés / littéraires : nuées (I, v. 11), plénipotentiaires (I, v. 16), un soleil git (I, v. 19), bercails (I, v. 39), vespéral (I, v. 76), se meurt (II, v. 24), les cavales (II, v. 32), quérír (II, v. 52), piétre (III, v. 6), reclus (III, v. 50), choir (V, v. 33), etc. 3 4 Le vocabulaire religieux [par exemple : rosace (V, v. 9), offertoire (VIII, v. 3), hostie (VIII, v. 4)] sera parfois subverti par des rapprochements érotiques. Cf. Hiddleston, J. A. 1980. Essai sur Laforgue et les « Derniers vers » suivi de Laforgue et Baudelaire. French Forum Monographs, N- 23, French Forum Publishers, Lexington, Kentucky, 41. 3 j Par exemple : rails (I, v. 37), caoutchouc (I, v. 70), photographie (VI, v. 18, 33), dessins de mode (VI, v. 33), les bornes kilométriques (VII, v. 54), les gares (VIII, v. 35), les poteaux télégraphiques (VIII, v. 40), chemin de fer (X, v. 43), des quais (X, v. 46), les trains (X, v. 51).