Budapest, 1945. (1. évfolyam)

2. szám - VARGA GÉZA ERNŐNÉ: A Dunahidak jelentősége a főváros életében

nom volontiere dans les albums ou dans les exemplaires de ses livres, achetés pour ce but et ä peine coupés. Apres, il les quitte en bonne humeur, nous allons ensemble ä la réception du Comte Paul Teleki ; lä, dans un entourage aimable et intime, il se trouve trés bien, il reste long­temps, oubliant mérne qu'il aime ä se coucher tót pour se lever de bonne heure. II aimait ä travailler dans les heures de l'aurore, il sentait que son esprit foncti­onnait alors le plus vivement. * Le lendemain, je le rencontre dans le hall de l'Hótel Gellért ; lä aussi des jour­nalistes l'attendent pour lui demander une interview. Nous montons tous en­semble dans une petite salle de l'Hótel; lä, Valéry commence ä donner des expli­cations intéressantes sur le travail de l'écrivain, sur les rapports de l'auteur et du lecteur, ensuite, en réponse ä des ques­tions posées,il rappeile quelques souvenirs personnels. »II у a toujours un sous-entendu entre l'auteur et le lecteur«-tel était le point de départ de ses raisonnements ; ä cela il a ajouté un tissu aérien, colorié de maints exemples. Ce supposé sous-en­tendu explique pour moi toutes les mani­festations de Valéry, qu'il s'agisse de ses conférences publiques, de ses interventi­ons dans les séances de commission ou de ses conversations privées. Si je veux caractériser Valéry, les analogies avec les phénoménes de la Nature s'offrent spontanément. La vib­ration émise par le diapason, bien qu'elle se propage dans toutes les directions de la mérne maniere, ne fait résonner que quel­ques objets accordés avec lui. Le rayon­nement du Soleil ou d'un autre centre lumineux quelconque se répand inapergu dans l'espace vide, son effet ne se montre que lä ou un objet refléte la lumiére ou la refracte en la décomposant en différentes couleurs. L'esprit de Valéry propageait, en rayonnant, les idées ; il a observé leur effet et en méme temps le fonctionnement de son esprit. II se jouait de l'äme des autres — telle était pour lui la littéra­ture — et il jouait de son esprit méme pour en connaitre la structure. II émettait sur le méme theme plusieurs variations différentes et méme contradictoires ; il dit qu'on n'a pas manqué de le critiquer ä ce sujet; mais personne ne lui a dit pourquoi il aurait dű s'abstenir de ces variations. Dans les exposés de Valéry il n'y avait pas la moindre intention de convaincre quelqu'un. II trouvait qu'en ce qui con­cerne les opinions, il n'y avait rien de plus fou, et cependant de plus vulgaire, que de vouloir avoir raison. Pour cela il consi­dérait toute sorté de discussion comme stérile et il estimait que l'explication des opinions opposées ne pouvait étre utile que pour éclairer le méme question de plusieurs cőtés. II n'était pas fáché si l'on contredisait ä son opinion. Son raisonnement était prodigieuse­ment logique et percé pourtant de para­doxes. Une fois nous avons parié sur la causalité ; ä vrai dire, jamais je ne tenais beaucoup ä la causalité — a-t-il dit — et je suis presque content qu'il у a des raisons scientifiques sérieuses lesquelles permettent d'écarter ce principe. Dans la grande richesse des idées et des possibilités, dépourvue de toutes restric­tions, il dirigeait toute son attention ä la maniere de les exprimer. »La Littérature doit dissimuler le travail qui 1' améne au résultat. Un anteur doit s'efforcer de faire erőire qu'il ne pourrait traiter tout autre­ment son ouvrage. Flaubert était con­vaincu qu'il n'existait pour une idée qu'une seule forme, qu'il s'agissait de la trouver ou de la construire, et qu'il fallait peiner jusque lä. Cette belle doctrine n'a malheureusement aucun sens. Mails il n'est pas mauvais de la suivre. Un effort n'est jamais perdu. Sisyphe se fait des muscles,« * En 1937, il m'a donné une copie de son ouvrage intitulé »L'homme et la coquille.« II a dit qu'il serait trés content si je vou­lais le traduire en hongrois. Deux ans plus tard il m'a demandé si je m'occupais de l'idée de la traduction. J'ai dit fran­chement que je ne me considérais pas apte ä ce travail parce que mon style avait été formé par les sciences mathématiques et il ne pourrait pas étre adapté ä son style poétique. Sa réponse m'a surpris : mais son style est aussi mathématique-disait-il. * Je n'ai pas beauc oup ä dire sur l'Entre­tien de Budapest. Séances solennelles d'ouverture et de cloture dans la grande salle de l'Académie, et toute la semaine les séances de comité dans la salle de délégation du Parlement. Valéry dirige infatigablement les délibérations, résume leurs résolutions, il est trés en verve. Ce Comité des Lettres et des Arts est propre­ment sa création et il est content des succés et de la haute valeur de l'Entretien de Budapest. * La suite des séances est interrompue par une excursion ä Esztergom. En route pour Visegrád, dans une voiture, ensemble avec Valéry, le Comte Paul Teleki et le Comte Etienne Zichy. C'est le jour de la Féte-Dieu, prés de Szentendre une pro­cession croise notre chemin. Valéry aime beaucoup les costumes nationaux solen­nels, il demande en quelle mesure ils gar­dent leur caractére local. Nous conti­nuons notre chemin, en conversation pleine d'intérét, Teleki tourne notre atten­tion vers les beautés de la région ou il rappelle quelques souvenirs de sa pre­miere Présidence du Conseil. Vite passe le temps jusqu' ä Esztergom. A Esztergom Msgr. Anton Leopold montre les restes de la Basilique ancienne, découverte récemment ; Valéry le suit avec attention. Puis Teleki fait une con­férence intéressante sur les données géo­graphiques des Capitales hongroises (entre autres : Esztergom), avec des cartes bien suggestives, dessinées pour ce but. Plus tard, la société se disperse, on se proméne dans le Pare, Valéry et Duhamel s'en­trainent dans une importante conversa­tion sur la littérature. L'heure du déjeuner s'approche, la société est déjá réunie, au milieu d'elle Valéry et Duhamel continuent sérieuse­ment leur conversation sans s'occuper beaucoup des autres. Avec mon appareil dans les mains j'attends le moment propre pour photographier tout le groupe. On demande enfin ä Valéry de se tourner vers l'appareil II interrompt la conversation, voit la situation, se met au milieu dans une attitude de dictateur, qui était alors déjá trés ä la mode, malheureusement, — et dans le méme moment la photographie est faite. Tout le monde rit, nous ressen­tons et savons quelle ironie et quel dédain sont exprimés par le maintien de Valéry ä l'égard de ceux qui ne vivent que de telles poses. Le lendemain quand il a vu la photo, il en a demandé une copie, mais il m'a surtout demandé et je le lui ai promis que de peur d'étre mai comprise, cette image ne füt jamais publiée. Valéry n'aimait pas les dictatures et il considérait avec angoisse leur trop rapide accroissement. En 1937, dans son appartement ä Paris il m'a raconté quelle opinion il avait exprimé la veille ä M. Léon Blum, alors Président du Conseil : La société humaine est une mosaique composée de différentes pierres; heureusement ces pierres ne sont pas suffisamment polies, elles ne se serrent pas complétement, il reste entre elles un peu de terrain ou l'herbe de la culture peut pousser. Et si toute la mosaique ne servirait que pour le seul but de donner lieu ä ce peu de terrain et de protéger sa production? * A l'occasion de l'excursion ä Eszter­gom le maire de la ville offre un déjeuner excellent ä la société sur la terrasse du Grand-Hotel. Aprés quelques mets, de bonne pratique hongroise, le maire se léve, un verre de vin dans sa main, il salue cordialement ses hőtes. Quelques jeunes compatriotes boudent : pourquoi parle-t-il en hongrois et non pas en une langue internationale en raison des hótes étrangers? Des mouvements et des murmures intriguent l'atmosphére trés aimable jusque-lä. Valéry aperqoit la tension ; aprés les paroles du maire il se léve, le verre de vin dans sa main et lui aussi répond en hongrois, par un seul mot, mais il dit avec verve : Éljen ! (vivát!) Grand applaudissement et le déjeuner se poursuit dans la bonne humeur de tout-ä-1'heure. * Pendant son séjour ä Budapest, il m'a invité ä faire une conférence au Congrés Descartes qui dévait avoir lieu ä Paris l'année suivante. Pendant les récréations des séances de Budapest, nous avons parié beaucoup sur la géo­métrie moderne ; en signe de gratitude de son invitation je lui ai dédié ma conférence faite au Congrés Descartes, intitulée : La Méthode de Descartes et la géométrie moderne. II m a vivement remercié de ma dédicace. A la séance d'ouverture solennelle du Congrés Descartes, au mois d'aoüt 1937, dans la grande salle de la Sorbonne, Valéry comme Président d'honneur a fait une grande conférence ; il у a dessiné, selon sa maniére, le portrait spirituel de Descartes. Dans l'auditoire ou toutes les directions étaient représen­tées ä partir de l'école de Vienne jusqu'ä la philosophic thomiste, la conférence a évoqué des répercussions différentes. Aprés la séance, il a accompagné M. Lebrun, Président de la République, ä son auto; ä peine qu'il a pris congé de lui, il m'apergoit dans la foule sortant de l'auditoire, il vient auprés de moi et nous commenQons une conversation. Conformément ä l'occasion, il portait la tenue de l'Académie Frangaise, l'habit vert, l'épée ornée, le bicorne sous le bras et c'est ainsi que nous nous sommes pro­menés ä la Place de la Sorbonne en nous absorbant de plus en plus dans notre conversation ; cependant le public s'est dispersé, nous étions presque seuls sur le trottoir. Tout-ä-coup une dame s'ap­proche de nous qui a accompagné Valéry ä la séance (je ne me rappelle plus son nom) et eile le prie, d'une voix pleine de reproches, de monter dans la voiture. Je ne savais pas du tout, et peut-étre Valéry oubliait-il aussi qu'il n'était pas convenable d'aller ä pied dans la rue en

Next

/
Thumbnails
Contents